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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Aucun dieu en vue de Altaf Tyrewala

Avant, j’étais poète et je pouvais ressasser de subtiles métaphores des jours durant.
A présent, je passe mes journées à cuisiner pour Urbaid et Minaz, à dépenser les milliers de roupies que leur père gagne tous les mois, et à contempler l’écran de télévision, l’esprit ailleurs.
C’est tout ce que j’ai à dire.
Le ronronnement de la climatisation et de la télé, allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, m’a réduite au silence.

Page 5

Aucun dieu en vue

De Altaf Tyrewala

Titre original : No God in Sight

Traduit de l'anglais (Inde) par Marc Royer

Éditions Actes Sud - Date de parution : 1er mars 2007 - ISBN : 978-2742766826 - 203 pages - Prix éditeur : 20,30 €

Aucun dieu en vue de Altaf TyrewalaAucun dieu en vue de Altaf Tyrewala

Bombay, aucune autre mégapole indienne n'a autant inspiré d'auteurs que cette plus grande ville indienne surpeuplée qui vit entre modernité et inégalités.

 

A travers "Aucun dieu en vue", on découvre un auteur peu connu, Altaf Tyrewala, un Mumbaikan de confession musulmane. Il nous raconte d'une façon originale, sa façon de voir ses villes, Bombay l'ancienne et Mumbai la nouvelle. Une exploration intéressante décuplée en quarante-sept narrations, petits morceaux de vie couchés sur une demie page ou plus selon l'histoire à conter et qui nous fait rentrer dans la vie quotidienne, les problèmes et les pensées de ses protagonistes, en dévoilant quelquefois les tensions qui y règnent. Un lien relie chaque histoire, définit comme une espèce de course relais. En effet, un narrateur raconte son histoire, à l'intérieur de son récit un personnage apparaît, soit un proche, soit un employeur mais très souvent une rencontre fortuite. La prochaine nouvelle est ensuite racontée par ce personnage croisé.

On y retrouve un beau panel de personnages provenant de toutes les couches sociales : un homme riche ou commerçants de chaussures ou de volaille ; réfugié vivant dans un bidonville après avoir débarquer de la campagne qu'il a fuit pour éviter les tensions envers les musulmans ou au mendiant qui s'oublie dans l'héroïne.

On y fait la connaissance d'un nombre considérable de personnages : une fille qui vient se faire avorter dans une clinique spécialisé, un homme devenu avorteur pour pouvoir exercer la médecine, un marchand de chaussures qui vend son commerce héritage de son père pour s'exiler aux États-Unis, un homme s'étant converti à l'islam, Jeyna-Bi la marieuse pique-assiette, le jeune Nawaz qui s'invente professeur d'ourdoue, son élève Abhay qui veut apprendre l'ourdoue pour impressionner sa copine aux États-Unis, un étudiant en droit rêvant de devenir avocat mais un homonyme terroriste le fait réfléchir à changer de nom, ... Et pour terminer le cercle de cette intrépidende découverte de la diaspora de Bombay, l'on retrouve le jeune couple du début dans la clinique d'avortement avec cette fois-ci dans le rôle du narrateur le petit-ami..

L'auteur veut nous prendre conscience des malaises qu'éprouvent ces personnes et très souvent en lien avec leur confession religieuse. A titre d'exemple, s'y trouve une personne qui pense avoir un nom à consonance non-musulmane à plus de chance de réussir dans sa futur carrière, un autre fuit son village pour venir vivre dans un bidonville de Bombay présageant des émeutes anti-musulmane ou encore ce commerçant de chaussures qui fuit l'Inde pour trouver aux États-Unis une vie meilleure. La corruption et la bonne conscience de la police, la déontologie des médias télévisuels ont également leur place. Ce que l'on retrouve surtout c'est ces deux mondes, d'un côté les riches qui vivent à l'abri de la réalité de l'extérieur et de l'autre qui vivent à côté des égouts à ciel ouvert qui tentent simplement de survivre.

"Aucun dieu en vue" a été pour moi une agréable découverte. J'étais loin de m'imaginer ce qu'il m'attendait à l'intérieur, la couverture n'étant pas très explicite (d'ailleurs le visage me fait penser à Shahrukh Khan) et je referme le livre ravie de ma lecture.

Aucun dieu en vue de Altaf TyrewalaAucun dieu en vue de Altaf Tyrewala

Tout ce que je demande, c'est de pouvoir dormir. Contrairement au coma de la jeunesse, quand l'hier, l'aujourd'hui et le demain tissent ensemble une infinité de tons et d'humeurs, mon sommeil, aujourd'hui, est sans rêve. Je pensais que les personnes âgées revivaient leurs souvenirs jusque dans les détails les plus insipides. C'est peut-être vrai au moment de la mort. En tout cas, pour ma part, je suis capable de conjurer tous mes hiers comme autant de génies dérisoires.

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Tout ce que je veux, c'est réussir. Je suis trop jeune pour avoir honte de mes ambitions. Au tribunal, je veux qu'on me juge uniquement en fonction de mon talent - pas en fonction de mon nom ou de la pilosité de mon visage - en fonction de ma capacité à arracher un peu de justice à un système grippé, tombé en léthargie. J'entrevois deux grandes sources de joie dans l'avenir : le succès dans les prétoires et l'acquisition d'un confort.

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J'emporte le poulet dans l'arrière-boutique et presse son cou frémissant contre la planche à découper. Il râle, comme quelqu'un qui s'étrangle. Quand la mort rôde, homme et bête sont à égalité - l'un comme l'autre refusent de mourir.
J'en sais quelque chose. J'ai tué des hommes.

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