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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Nager dans les étoiles de Kanishk Tharoor

Sa langue s’enorgueillissait de nombreux verbes sans équivalents simples dans la langue commune. Par exemple : avoir peur de voir le temps passer ; raconter des histoires pour enfants au plus profond de l’hiver ; touiller une certaine sorte de sauce dans une marmite, verbe qui signifie également se vautrer dans la boue, en parlant d’un cochon. Il y a aussi un verbe spécial pour décrire les jeux de lumière sur une chaîne de montagnes au crépuscule, un autre pour signifier, à lui seul, l’apparition, la concrétisation de ces montagnes à l’aube. Ou encore : se sentir mal à l’aise dans un endroit inconnu ; attendre patiemment le printemps. Et ainsi de suite.

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Nager dans les étoiles

De Kanishk Tharoor

Titre original : Swimmer Among the Stars

Nouvelles traduites de l'anglais par Francis Kerline

Éditions Le Seuil - Collection : Cadre Vert - Date de parution : 06 avril 2017 - 240 pages - ISBN : 9782021312713 - Prix éditeur : 18,50 € - Également en version numérique

 

Quatrième de couverture

Deux ethnologues partis recueillir les mots et gestes de la dernière femme parlant une langue vouée à s'éteindre avec elle. Des diplomates de l'ONU réfugiés dans une station orbitale qui assistent, impuissants, à la disparition de notre planète sous les flots. La rencontre d'Alexandre le Grand et d'une baleine morte au fond des mers. Un éléphant mélancolique, vaincu par l'amour et par les caprices d'une princesse ...

En treize histoires enchanteresses, traversant les siècles et les continents, Kanishk Tharoor invente mille et une nouvelles nuits, à la croisée du conte persan, de la fable moraliste et du surréalisme. Héritier cosmopolite de Borges et de Rushdie, Tharoor s'inscrit dans la grande tradition des poètes de l'imagination. D'une plume ciselée, trempée à l'encre de l'émerveillement et d'une ironie douce-amère, il nous fait découvrir le monde et les hommes comme nous ne les avions jamais vus, entre récit de nos triomphes et peinture de nos vanités.

 Nager dans les étoiles de Kanishk Tharoor

La littérature, l'écriture, le journalisme, Kanishk Tharoor, a dû y tomber dedans quand il était petit. Rien d'étonnant avec un père qui, en parallèle à sa fonction d'homme politique et de diplomate, est un écrivain qui a, à son actif, pas moins de quinze publications - romans et ouvrages documentaires - traduits dans de nombreuses langues dont les incontournables "Le Roman Indien" ou "Show Business" et qui écrit régulièrement des chroniques et des critiques littéraires dans de grands journaux, tant indiens qu'américains. Vous l'aurez compris que le père de Kanishk est Shashi Tharoor. Mais les talents de Kanishk viennent également de sa mère Tillotama Mukherji qui est professeur de littérature à l'Université de New-York. Tout comme Kanishk, son frère jumeau Ishaan, est également journaliste et écrivain. Son épouse, quant à elle, est poétesse. Kanishk a donc baigné et baigne toujours dans les livres et l'écriture. Il a grandi sous l'influence de plusieurs cultures et sous différentes latitudes. Né à Singapour de parents indiens, il aurait vécu durant son enfance quelques temps en Suisse avant de rejoindre les  États-Unis. Aujourd'hui, il écrit des articles de presse sur la politique et la culture pour de nombreux journaux : The Guardian, The Independent, The National, The Hindu, The Times of India, The Telegraph (Calcutta), the Virginia Quarterly Review, Foreign Policy, openDemocracy, the Caravan et YaleGlobal Online.

Je pense qu'il est intéressant d'insister sur ces détails pour vous parler de la publication du premier ouvrage de Kanishk Tharoor "Nager dans les étoiles", car ces influences et son travail professionnel sont l'essence même de cet ouvrage. A travers les treize nouvelles de "Nager dans les étoiles", même si elles sont en réalité plus nombreuses avec "Lettres au Pays", Kanishk explore différentes époques : des temps les plus anciens avec Alexandre le Grand, Ulysse ou la bataille des Thermopyles ou à contrario nous fait voyager dans le futur avec "Les Nations Unies dans l'Espace" où l'on se retrouve avec des ambassadeurs au nom de pays observant ce qu'il reste de la Terre. Dans ce recueil, on y trouve très présente, une époque qui nous est plus familière et dont les nouvelles sont également écrites dans des styles et des thématiques très variés : "Un éléphant à la mer" qui a sans aucun doute inspirée la couverture de la version française de "Swimmer among the stars" et qui nous transporte au Maroc où un éléphant indien au pied visiblement marin est attiré par la mer plus que par la terre marocaine ; "La Perte de Muzaffar" inspiration, à mon avis, de la vie new-yorkaise de l'auteur ; "Portrait au Feu de Charbon" où l'on se voit assister à une discussion sur Skype ;  "Nager dans les étoiles" où l'on découvre la dernière locutrice d'une langue ; "La Chute d'un Cil" sur une femme ayant fui son pays pour une vie meilleure ailleurs ; "Propriété Culturelle" où l'on se retrouve sur un champ de fouilles près de la Mer du Nord ou bien encore "Brise Glace" où nous assistons à la conquête de l'Antarctique. D'autres nouvelles se situant à d'autres époques complètent le recueil. Dans son ensemble, à travers ces nouvelles l'on découvre très souvent l'humain sous différentes teintes. Si pour certaines il n'y aurait pas eu de précisions quant à l'époque ou même du lieu, elles auraient pu être intemporelles ou se dérouler n'importe où sur Terre. Certaines des nouvelles m'auront indéniablement marqué. Parmi elles, "Conte du Salon de Thé" qui a été d'ailleurs récompensé en 2008 (Emily Belch Award) et nominé en 2009 pour le "National Magazine Award". J'attribue une mention spéciale pour deux autres nouvelles à commencer par "Les Miroirs d'Iskandar" dont les récits s'inspirent de l'histoire d'Alexandre le Grand et "Lettres au Pays" qui nous offrent un florilège de petites histoires. Mais il est vrai qu'au final, toutes les nouvelles de ce recueil sont enchanteresses, atypiques, surprenantes, délicieuses, intenses, et presque miraculeuses. Seul un surdoué des mots peut accomplir en quelques pages, en quelques paragraphes ou en un seul - à l'image de ce que l'on trouve dans "Lettres au Pays" - tout en y exprimant tant de choses,  apporter tant d'émotions et nous donner une histoire exceptionnelle. Peu importe le nombre de mots qui la composent. Certaines des nouvelles "Nager dans les étoiles" nous prêtent à  sourire, d'autres une certaine forme de moralité, d'autres nous dressent le portrait de l'humain et sa façon de réagir selon la situation dans laquelle il se trouve, d'autres peuvent se révéler dures ou simplement belles. 

Kanishk Tharoor est un maître des mots et des histoires, il possède une imagination hors normes influencée par une très grande culture. Avec "Nager dans les étoiles", nous nous retrouvons dans la vague de littérature que je qualifie de "contemporaine". Une littérature qui casse les codes de la littérature classique en y osant des associations puisées dans différents registres, en s'appropriant des textes existants - des sacro-saints de la littérature classique pour les remodeler selon la fantaisie de son auteur -, en incorporant si besoin un monde fantastique, mystique et magique. Kanishk Tharoor a été comparé à Borges et Salman Rushdie ; j'y rajouterais Raj Kamal Jha et Anuradha Roy. Mais à travers les nouvelles de ce recueil, il nous apporte sa plume personnelle, son identité propre, sa marque de fabrique. Je suis sûre que "Nager dans les étoiles" n'est qu'une mise en bouche du talent de Kanishk Tharoor et il semblerait que l'on risque d'entendre souvent parler de ce talentueux auteur dont son nom pourrait être apparenté à ce style nouveau. C'est une prédiction de ma part, mais avec l'expérience et mon feeling, je ne pense pas me tromper.

"Nager dans les étoiles" est un plus qu'un recueil de nouvelles, il vous invite à un voyage à travers le temps et la Terre, entre deux mondes.

 

Adam est arrivé ici, expliqua l'un des Indiens, Eve est tombée près de La Mecque, Satan à Qûm et le serpent à Ispahan. Cela se comprend, dit Iskandar, Ispahan est plein de tentations, tandis que Qûm est un endroit plutôt décati. Le guide indien poursuivit : Adam était si triste qu'il passa des années à pleurer sur la montagne et de ses larmes sont nées ces plantes amères et ces mauvaises herbes.

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