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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Cueilleuse de thé de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

Une image se superposa au film qui se déroulait sous ses yeux, un autre fleuve, une autre ville, d'autres gens. En Inde, les fleuves devenaient des géants après les pluies de la mousson. Noires de boue, les eaux houleuses, qu'aucun bateau n'osait affronter, charriaient les déchets arrachés aux berges, des bidons de plastique, des caisses en bois, des branches tourbillonnantes, jusqu'à des troncs d'arbres encombrants et dangereux. Les bruits eux aussi étaient différents. Ici, point de radio au coin des rues, par de klaxon impatient, point d'interpellations familières d'une échoppe à l'autre. Seul point commun : l'interminable ronflement des moteurs qui s'enflait parfois jusqu'au grondement quand le feu passait au vert.

Page 147

Cueilleuse de thé de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

Edition Charleston - Date de parution : 7 mars 2017 - ISBN :  978-2368121283 - 424 pages - Prix éditeur : 18,00 €

Lauréat du troisième Prix du Livre Romantique

 

Quatrième de couverture

Au Sri Lanka, l'ancien Ceylan, Shemlaheila est cueilleuse de thé dans une plantation. Depuis dix ans déjà, elle ploie sous les lourds sacs de feuilles de thé et sous le joug des contremaîtres, mais, à l'aube de ses vingt ans, la jeune femme a d'autres rêves. Elle est bien décidée à partir, à échapper à la condition de celles qui, dans les théiers et dans les maisons, sont au service des hommes. Elle ne sera pas cueilleuse de thé toute sa vie, comme sa mère, comme toutes ces femmes asservies qui n'ont d'autres horizons que les interminables rangées de théiers…

Du Sri Lanka à Londres, à la découverte d'un pays complètement différent du sien, Shemla va découvrir une autre culture, d'autres personnes et surtout d'autres envies. La cueilleuse de thé qu'elle a toujours été choisira-t-elle de revenir au pays, ou de se créer une nouvelle vie ?

 

Shemlaheila, originaire du Tamil Nadu en Inde, est cueilleuse de thé dans une plantation dans la région de Nuwara Eliya au Sri Lanka. Elle est arrivée dans ce pays avec sa mère alors qu'elle n'était âgée que de 12 ans. Depuis près de huit ans, elle travaille d'arrache-pied sous le poids des lourds sacs de feuilles de thé et vit dans des conditions précaires avec les autres ouvrières. Chaque jour, elle se lève avec la peur au ventre, celle de croiser le kangani, le contremaître, un homme très mauvais.

Elle veut échapper à cette vie, son rêve apprendre l'anglais et de devenir vendeuse, comme ces femmes accueillant les touristes dans la boutique de la plantation. Suite au décès de sa mère, elle a obtenu de la part de son patron pour qui sa mère a été une concubine, un petit congé pour visiter sa tante maternelle en Inde. Mais Shemla ne reviendra pas à la plantation malgré sa promesse, elle a décidé de rejoindre l'Angleterre pour réaliser son rêve. Mais que réservera sa nouvelle vie dans ce pays lointain et étranger, où elle parviendra à s'y rendre avec un visa touristique.

Pokonaruya est malheureuse. Son mariage arrangé avec Datu-Guemi, un kangani de la plantation de thé, est un véritable échec malgré l'honorable dot qu'elle a apporté. Datu-Ghemi est un homme violent, alcoolique et surtout un pervers notamment à l'encontre des femmes travaillant dans la plantation. Sa belle-mère n'est pas tendre avec elle, elle est autoritaire, tyrannique et lui reproche de pas donner un héritier à la famille. Pokonaruya est la servante de la maison, l'esclave.

Mohanty, à douze ans, vient de terminer l'école. Maintenant elle est cueilleuse de thé comme sa mère et Shemlaheila mais elle ne travaille pas encore à la plantation mais à la coopérative. Pourtant, elle rêve de reprendre les études et devenir médecin. Elle est triste que Shemlaheila est partie de la plantation et espère qu'un jour elle reviendra la chercher. Depuis peu, ses parents projettent de lui trouver un mari avant que le kangani lui tombe dessus.

 

L'heure de la pesée pour les cueilleuses de thé, Nuwara Eliya

Cueilleuses de thé à l'heure de la pesée - Nuwara Eliya - Sri Lanka - Copyright : atasiblog

 

"Cueilleuse de thé" est un très beau roman qui nous transporte dans trois pays : le Sri Lanka, l'Inde et l'Angleterre. C'est l'histoire d'une cueilleuse de thé qui s'échappe de son enfer dans l'espoir de réaliser son rêve, faire des études et avoir ensuite un vrai métier. Certes le chemin sera semé d'embûches, mais à force de détermination, Sheimlaheila pourrait atteindre son but. Sheimaheila, c'est aussi une femme qui, à seulement vingt ans, est profondément meurtrie.

Voir et rencontrer les cueilleuses de thé est une étape incontournable pour les voyageurs visitant le Sri Lanka ou même en Inde où les plantations y sont également nombreuses. Mais le voyageur à la quête du parfait cliché de la cueilleuse de thé, tel qu'il avait pu découvrir dans une brochure touristique, ne voit pas l'envers du décor : les conditions de travail, les conditions précaires dans lesquelles elles vivent, les problèmes qu'elles peuvent avoir avec certains des hommes de pouvoir, le déracinement pour certaines, ... La beauté de la région de Nuwara Eliya au Sri Lanka aveugle trop souvent les touristes et il suffit de prendre des chemins moins fréquentés et être un tantinet observatoire pour apercevoir un soupçon de ce que l'on lit dans ce roman. Le roman permet de lever le voile et vous fera voir votre thé sous un autre angle.

Dans "Cueilleuse de thé", il n'est pas question non pas d'une seule et unique cueilleuse de thé mais de cueilleuses de thé au pluriel. Certes, l'essentiel du roman est tourné autour de Sheimlaheila que nous suivrons jusqu'à sa nouvelle vie londonienne. En effet, le roman nous permet de découvrir le parcours d'une autre femme, Pokonaruya qui est l'épouse de l'homme le plus odieux de la plantation et qui souffre de sa vie avec cet homme et sa belle-mère. Ce personnage nous permet d'explorer le sujet du mariage arrangé et des violences domestiques. Le roman nous permettra également de suivre Mohanty, une jeune fille dans la fleur de l'âge, l'âge où l'on est le plus vulnérable et où l'on est trop fragile pour faire barrage aux dangers.

Le roman est classé comme étant un roman "romantique" et pourtant même si la romance pointe quelquefois le bout de son nez, ce roman est surtout une sacrée leçon de vie. Ce roman permet à son lecteur de connaître à travers ses personnages la culture indienne/sri-lankaise, tamoule pour être précise. Les tatillons pourront y découvrir quelques coquilles - au Tamil Nadu l'on parle le tamoul et pas l'hindi, Kali est une déesse et pas un dieu - mais dans son grand ensemble, le roman apporte beaucoup de détails tantôt sur la religion, tantôt sur la culture. Le roman nous transporte également dans l'aristocratie anglaise avec le personnage touchant de Twinny, une vieille dame devenant sénile et Edouard qui, tout deux, croiseront la route de Shemla. On découvre également les conditions précaires et l'exploitation subits par les travailleurs étrangers en Angleterre d'un côté mais aussi le Sri Lanka où les plantations sont dirigées par des entreprises étrangères et qui emploient de nombreux indiens, comme je l'ai déjà dit plus haut, dans des conditions difficiles.

"Cueilleuse de thé" est un roman que personnellement j'ai trouvé très addictif même si j'aurais changé quelques points. Il est à la fois touchant, triste, drôle et donne une très belle leçon. J'ai apprécié suivre le cheminement de Shemlaheila pour atteindre ses rêves. Une belle découverte.

A quoi bon refaire ce qui n'était pas ?
De l'autre côté de la ruelle, la lumière s'éteignit, la plongeant dans le noir. Elle s'allongea de tout son long, couvrir ses jambes d'un châle. Au bout de quelques secondes, le balancement du hamac cessa. Au-dessus d'elle, les étoiles scintillaient. Elle éprouvait un profond sentiment d'amitié pour les étoiles, elle aimait leur éloignement, leur solitude, qui ressemblait à la sienne. Etaient-elles, elles aussi, soumises à un astre supérieur,, une sorte de mari qui détiendrait le pouvoir ? Avaient-elles le droit de le contrarier ? Recevaient-elles de lui l'ordre de briller ou de s'éteindre ? Au moins, elles n'étaient jamais battues.
Au fond du ciel parfaitement serein, elle crut les voir sourire.

Page 68

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