Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
atasi.india.mania.com

atasi.india.mania.com

" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Les Erreurs inconnues de nos vies de Chitra Banerjee Divakaruni

Elle avait fini par maîtriser l'alphabet bengali, en s'astreignant pendant des années à assister aux cours du dimanche dans cette école abominable dirigée par Mrs. Duttagupta aux yeux globuleux, rien que pour pouvoir lire les lettres de sa grand-mère et lui répondre, sans avoir besoin de ses parents. Quand une lettre arrivait d'Inde, elle dormait avec elle plusieurs nuits de suite, et entendait son léger froissement sous l'oreiller.

page 186-187

Les Erreurs inconnues de nos vies

De Chitra Banerjee Divakaruni

Titre original : The Unknown Errors of our Lives

Nouvelles traduites de l'anglais par Marie-Odile Probst

Éditions Philippe Picquier - Broché - Date de parution : 28 mai 2002 - ISBN : 978-28773061022 - 228 pages - Prix éditeur : 18,30 €

Éditions Philippe Picquier - Poche - Date de parution : 1er février 2005 - ISBN : 978-2877307642 - 228 pages - Prix éditeur : 8,60 €

 

"Les Erreurs inconnues de nos vies" est un recueil de neuf nouvelles qui se concentre sur les femmes indiennes et de leur expérience d'immigrante ou plutôt de leur statut d'indienne vivant en Amérique, car certaines ne sont plus réellement des immigrantes, vivant depuis dans ce pays depuis de nombreuses années.

Pour six de ces nouvelles, la scène se situe aux États-Unis et les narratrices sont généralement d'origine bengalie. Un peu comme l'auteur elle-même qui est née à Calcutta et qui après avoir fait des études aux États-Unis est devenue enseignante dans ce pays.

Les trois autres se déroulent en Inde, découverte de ce pays où sont nés ses parents pour l'une, souvenirs poignants d'enfance pour l'autre et pour la dernière, visite à une grand-mère avec ses garçons nés en Amérique.

Ce recueil aborde de nombreux sujets : conflits familiaux, détérioration des relations, décès, veuvage, vieillesse, mariages arrangées, américanisation, ... Parmi ces expatriés, le motif du départ est les études ou celui de rejoindre un proche qui vit déjà dans ce pays.

Certaines expériences de leur nouvelle vie américaine se passe relativement bien. Du moins lorsqu'on se fond dans la masse, que l'on n'adresse pas un mot à ses voisins et qu'on évite de montrer ses origines comme dans "Mrs. Dutta écrit une lettre". Dans "L'intuition des bêtes sauvages", une sœur et un frère ont fait leurs études aux États-Unis, ils ont pris l'habitude de vivre à l'américaine et de ce faite se sont détachés des traditions et surtout du pays d'origine. Dans cette même nouvelle mais également dans d'autres, on y retrouve des cas de jeunes gens qui ont perdu l'un de leur parents et qui se sont reconstruit dans ce nouveau pays.

"Dans la vie des étrangers" et "Les erreurs inconnues de nos vies" on retrouve des enfants d'immigrés qui sont nés aux États-Unis, qui n'ont en faite rien connu d'autres que leur vie américaine, leurs parents se rendant que très peu dans leur pays d'origine. Et pourtant, une flamme indienne brûle toujours en eux, l'une a supplié ses parents qu'il était nécessaire pour elle de s'y rendre, la seconde a trouvé logique de faire un mariage arrangé comme au pays. C'est aussi le cas des enfants de la nouvelle "Le nom des étoiles en bengali" où une mère tente de faire découvrir à ses enfants nés aux États-Unis, d'un père également né là-bas, les joies d'une enfance comme elle a eut dans un village indien.

Dans "La saison des cactus en fleur", l'on y retrouve une jeune femme qui a perdu sa mère lors des affrontements entre hindous et musulmans à Bombay. Elle a rejoint son frère, et ne supportant pas sa belle-sœur, a quitté Dallas pour se rendre en Californie. Grâce à son frère, elle renouera tout de suite le lien avec des personnes d'origine indienne. Mais pour autant, balancé entre le choc émotionnel qu'elle a subit à Bombay et le choc de vivre aux États-Unis avec des indiens américanisés, elle sera vite dépassée par les évènements.

Dans "L'amour d'un homme bon", il s'agit d'une femme qui s'est fait sa nouvelle vie en Amérique après le décès de sa mère, un beau mariage et un beau garçon, une vie bien rangée, jusqu'au jour où le passé ressurgit sous la forme de son père, qui des années plutôt avant elle, à quitter sa famille pour aller vivre en Amérique.

Deux nouvelles sortent du lot. "Ce que sait le corps" et "Les enfants oubliés". La première nous transporte juste aux États-Unis, la seconde uniquement en Inde.

 

Nous découvrons toutes ces femmes en plein moment de doutes, où se mêlent réflexions et nostalgie. Elles reviennent sur leur passé pour essayer de comprendre ce qui les a conduit dans ce présent, en y trouvant une réponse mais le plus souvent des excuses. Elles prennent conscience que leur vie a prit un tournant et que rien ne pourront les faire revenir en arrière.

Les nouvelles sont empreints de nostalgie sans pour autant tomber dans le dramatique. Les personnages sont très touchantes et donnent en quelque sorte à son lecteur une certaine façon de se remettre en question. "Les Erreurs inconnues de nos vies" nous donne avant tout un coup d’œil sur ce que peuvent ressentir les femmes immigrés aux États-Unis.

A bien des égards, "Les erreurs inconnues de nos vies" peuvent rappeller bien d'autres nouvelles, comme par exemple "L'interprète des maladies" de l'auteur Jhumpa Lahiri où y retrouvent également des expatriés indiens qui vivent aux États-Unis et qui ont également le même type de réflexion identitaire.

Les nouvelles sont passionnantes et chaque histoire est touchante à sa manière.

 

 

Les Erreurs inconnues de nos vies de Chitra Banerjee DivakaruniLes Erreurs inconnues de nos vies de Chitra Banerjee Divakaruni

Et que se doit-elle à elle-même Mrs. Dutta, qui s'enfonce dans la nuit noire avec toutes ces certitudes, sa confiance en elle effondrées comme des étoiles qui ont implosé, avec pour seule compagnie une image derrière ses paupières ? Une silhouette - homme, femme, enfants - sur un mur, lui montrant qu'elle est seule dans ce pays de jeunes gens. Et qu'on a pas besoin d'elle.

page 37

J'ai pensé à l'intuition des bêtes sauvages. Les oies, les fourmis. La façon font elles savaient communiquer sans mots, sans bruit. Un battement d'ailes, une ondulation d'antennes. Nourriture, maison, attention, danger. J'aurais aimé poser le bout de mes doigts sur ceux de mon frère et transmettre à son corps toutes les émotions qui se bousculaient dans le mien.

page 49

Qu'attendait donc Leela de son voyage en Inde ? Les banalités de la chaleur et de la poussière, de la pauvreté et la crasse, oui. L'exubérant désordre des rues citadines où les noires Ambassador des riches se frayaient à coups de klaxon, mètre par mètre, un chemin entre les conducteurs de rickshaws en sueur et les vaches impassibles, dignes comme des douairières. Mais elle ne s'était pas doutée que Calcutta la subjuguerait si facilement avec sa poésie mélancolique de saris de coton défraîchi déployés sur les toits, ses épiceries aux plafonds bas débordantes d'odeurs qu'elle ne distinguait pas mais qui savait fondamentales.

page 60

Il y avait une autre raison. J'aimais ma mère, même si je n'aurais jamais pu l'admettre à cette époque. Alors même que je me promettais de ne surtout pas lui ressembler, de ne pas dépendre mon bonheur des lubies d'un homme, je m'imposais des règles de comportement draconiennes pour ne pas la blesser.
En croyant que cela était possible, j'étais bien la fille de ma mère - sentimentale, butée, idiote. Tellement idiote que ma mère m'échappa des mains pour mourir.

page 84

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article