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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Le Cahier Indien de Marie-Pierre De Cossé Brissac

Le Cahier Indien

De Marie-Pierre De Cossé Brissac

Editions "Le livre de Poche" (Année 2.000)

443 pages - 5,99 € y compris frais de port en occasion

 


Voici une très belle découverte littéraire, un livre pas ordinaire, mais si touchant et très attachant.

 

Le livre est une "sorte de cahier intime" qui raconte la vie de Clarisse au moment où elle écrit ses "mémoires" entre 1966 et 1968 et en parallèle elle raconte sa vie d'avant. Tout d'abord en racontant sa jeunesse avec ses parents surtout avec sa mère, mais ensuite elle nous raconte ses souvenirs de l'Inde, de Pondichéry, notamment celles avec Monsieur Barclay (elle arriva à Bombay en octobre1950 et quitta l'Inde définitivement en janvier 1953). Les chapitres basculent donc de ce moment "présent" à ce passé dont 14 ans séparent ces deux "vies".

 

De sa naissance à Pondichéry (1931 à septembre 1950)

Clarisse, parisienne, est née en 1931, fille unique d'un père français journaliste qui était très intéressé par la révolution bolchévique et qui voyagea en Russie et d'une mère russe avec les mêmes opinions politiques. Pendant la deuxième guerre mondiale, quand Clarisse n'avait que 9 ans, son père mourut, déjà fragilisé par d'autres maladies qu'il avait contracté dont la tuberculose. Clarisse et sa mère connurent tantôt la misère tantôt le confort, et sa mère mourût à son tour en se faisant renverser dans un accident de voiture par un camion qui venait dans le sens inverse alors qu'elle venait à peine d'obtenir son permis de conduire. C'était en 1949, Clarisse venait d'avoir 18 ans et continua à travailler pour son diplôme. Elle eut deux tuteurs deux prêtres au couvent Sainte-Marguerite et ils lui proposèrent de quitter la France pour Londres pour un poste de traductrice pour la BBC. La mère de Clarisse avait le goût pour apprendre les langues et donna ce don à sa fille à qui elle avait enseigné l'anglais.

Quelques temps après avoir commencé à la BBC, un couple franco-anglais les Barclay venant de Pondichéry rechercha une gouvernante française pour leurs deux filles : Pénélope (née en 1942) et Alexandra (née en 1940). N'ayant plus d'attaches, elle décida de les suivre en Inde, à Pondichéry, elle était alors âgé de 20 ans.

 

L'aujourd'hui, les années 1966 à 1968

Clarisse après avoir quitté l'Inde, eut facilement un travail au sein de l'UNESCO où elle demanda d'abord d'être pigiste avant de devenir quelques années après interprète grâce à un certain Marc avec qui elle s'entendait bien.

A coté de son travail de pigiste pour l'UNESCO, elle était devenu professeur de russe à Moulins après avoir vendu l'appartement où elle vécut avec sa mère et d'un saphir souvenir de Pondichéry pour subvenir à ses besoins. Elle vivait à Moulins chez Madame Joly, une vieille dame, qui lui appris le chant pendant qu'elle jouait au piano. C'est aussi dans cette ville, qu'elle rencontra Stéphane qui deviendra son mari pendant environ 10 ans, il était secrétaire générale au ministère de l'Education Nationale. Elle l'a connu le jour où la Directrice de l'école des filles de Moulins où elle était professeur (qui était en faite la mère à Stéphane) reçue la Légion d'Honneur fin juin 1957 et Stéphane demanda à Clarisse sa main le jour de l'an quelques mois après.

Ils eurent deux enfants : Marie et François (qui eut un don pour le piano). Quand Clarisse revenue à Paris, elle était professeur de russe, mais pris également des cours d'allemand à l'Institut Goethe, une langue qu'elle rêva toujours d'apprendre et qui était la seule langue que sa mère ne voulut pas qu'elle apprenne.

En janvier 1967, alors qu'elle était âgé de 35 ans, elle décida d'écrire après les cours dans une salle de classe déserte, ou ailleurs, mais toujours en cachette "son cahier indien", comme un genre de cure pour la douleur qu'elle eut en quittant l'Inde et surtout d'avoir dû quitté Monsieur Barclay qui fût pour elle une déchirure et une blessure qui lui hantait et dont elle ne pouvait en parler à personne.

Elle s'absentait souvent de son domicile (entre ses soirées à écrire dans son carnet, les soirées où elle fût interprète ...) et rentrait tard. Elle ne donna pas le même amour à ses propres enfants que celui qu'elle avait donné aux filles Barclay. Mais un jour, Stéphane tombât gravement malade.

 

Sa vie à Pondichéry (octobre 1950 à janvier 1953)

Clarisse s'attacha très vite à Pondichéry et à la famille Barclay. Le mari s'appela Mike qui était de 10 ans son ainé, sa femme Monica était accro au tennis, d'origine anglaise et originaire de Madras et bien sûr les deux filles dont elle avait la charge Pénélope et Alexandra. Dans cette famille pondychérienne, il y avait également les parents de Mike : le Docteur Barclay et son épouse. Quand les filles étaient à l'école, Clarisse avait la tâche le matin d'aider le Docteur Barclay à écrire son livre dans sa grande bibliothèque du nom "Pourquoi je suis resté en Inde : de la médecine à l'hindouisme". Clarisse prenait un plaisir à travailler avec le Docteur Barclay. Grâce à l'écriture de ce livre, où elle était une assistante très assidue, elle apprit énormément de chose sur l'Inde, les traditions, la religion, la médecine, les sciences en général, l'Inde du Sud. Elle étudia également le tamoul et le sanskrit.

Depuis son arrivée en Inde et le retour de la famille Barclay, et plus précisement depuis la visite du site d'Elephanta à Bombay avec les deux filles sans Monica, Mike se rapprocha de plus en plus de Clarisse. Il l'invita même à voyager avec lui en Inde dans les montagnes à Ooty, lui fit découvrir d'autres lieux magnifiques et spirituels qui parsèment l'Inde, il lui expliqua la philosophie, l'histoire et la religion hindouiste ... tout ce qu'il savait sur son pays et profita de pouvoir enfin faire partager ses connaissances et ses souvenirs avec une personne aussi intéressée qu'était Clarisse. Elle est devenue sa maîtresse car Mike avait du charisme, une forte intelligence, il était très séduisant et très attirant. Ils s'aimèrent et se désiraient de plus en plus au fil des jours qui passa et encore plus quand ils passaient des moments ensemble. Mais leur liaison devait rester secrète même si avec le temps et les apparitions de Mike chez ses parents lorsque Clarisse y travailla, Docteur Barclay et son épouse le remarquait, mais ne fît jamais de remarques, car il n'appréciait guère leur belle-fille. Lorsque Mike était en déplacement souvent à Calcutta, ils eurent du mal à rester éloigner l'un de l'autre. Clarisse intéressa beaucoup Mike, car contrairement à son épouse, il voyait qu'elle était intéressé par tout ce qui l'entourait, et elle ne se lassa jamais d'apprendre plus bien au contraire, elle voulût toujours en apprendre plus, découvrir de nouvelles choses, et travailla souvent en autodidacte. Elle aimait l'Inde comme lui et ses parents l'aimait.

Mais nous étions à l'aube, où l'Inde voulut récupérer le comptoir français de Pondichéry, et la vie douce qu'ils vécurent les premières années devinrent difficiles, même les déplacements à Madras où Clarisse avait pris des cours de philosophie sur l'Advaïda ne pouvait plus se faire. Mike pratiquant l'import-export avait également des difficultés dans son travail.

Durant les années, où Clarisse était au service des Barclay, ils se rendirent une fois quelques mois à Londres avec les parents de Mike alors que Monica étaient en Suisse avec ses filles à faire des tournois de tennis. Quand ils rentrèrent, Pondichéry et ses alentours s'étaient effectivement changés. C'était le dernier voyage de Clarisse vers l'Inde avant de se faire congédier du jour au lendemain.

Mon avis

J'avoue que j'ai adoré ce livre et les raisons sont nombreuses. Déjà, j'ai toujours voulu lire un livre sur Pondichéry avant qu'elle redevienne indienne car c'est un sujet de l'histoire indienne que je n'ai jamais eut l'occasion d'apprendre, alors que c'était tout de même un Comptoir Français, une partie de l'histoire reliant l'Inde et la France.

Ensuite l'histoire d'amour entre Clarisse et Mike, cet amour et cette grande passion entre eux, même si elle était dangereuse, est une très belle histoire d'amour très touchante et j'avoue que je me sentis triste qu'elle n'a pas pu continuer, car Monica n'était pas une épouse très attachante et ces deux amants étaient liés inconsciemment par quelque chose de quasi irréelles comme si peut-être dans une autre vie, ils auraient déjà vécu ensemble.

Ce n'est pas simplement une histoire d'amour, mais il y a également ce coté spirituel et religieux propre à l'Inde que ces deux personnes n'était officiellement pas hindouiste connaissait et comprenait le sens de cette religion, sa philosophie, ses récits sacrés, ses dieux ...

J'ai également apprécié, la manière dont est écrit le livre, d'alterner le présent et le passé.

Clarisse avait ce qu'une femme pouvait avoir de mieux dans les années 1960, un mari haut-fonctionnaire, un très bel appartement dans Paris, deux adorables enfants, deux excellents jobs, une culture générale et un éventail de connaissances de langues étrangères. Mais l'on ressent, que Stéphane est plus amoureux de son travail que de sa femme, ce qui entraîna peu à peu la perte de son mariage et de leurs vies communes.

 

Parfois deux personnes peuvent s'aimer mais des choses ayant été construites auparavant sans savoir ce que le futur nous réservera, peut également brisées un amour naissant avec une autre personne rencontrée plus tard mais l'éloignement géographique et personnel ne pourra jamais ce nouvel amour grandir et forcément cette douleur restera au fond d'au moins un coeur une souffrance à vie, d'un Amour perdu à jamais. 

 

Par l'écriture de son "cahier indien", Clarisse a ce besoin de se confier de cette flamme de l'amour qui ne veut pas s'éteindre et au travers duquel elle a découvert les grandes questions que nous pose l'Orient : faut-il se cantonner dans les limites du moi individuel, avide de bonheur mais exposé à la souffrance, ou dilater son âme aux dimensions de l'univers, au risque de s'y perdre ? La vie n'est jamais facile ...

 

Le Cahier Indien de Marie-Pierre De Cossé Brissac
Le Cahier Indien de Marie-Pierre De Cossé Brissac

Clarisse
"[...] Dans l'hindouisme, les dieux ont leur contrepartie féminine, leur shakti, elles combattent avec eux les démons. Et les femmes peuvent diriger des ashrams comme votre voisine - la Mère - qui mène celui de Sri Aurobindo et qui n'est même pas indienne."
Docteur Barclay :
"Vous êtes bien passionnée" avait-il observé, les yeux mi-clos. "Je me demande parfois ce qu'il vous inspire Clarisse".
Il n'avait pas encore compris ou ne voulait pas encore comprendre que l'amour de la jeune fille pour Mike nourrissait son avidité pour tout ce qui l'entourait.
"Il faut aller pas à pas dans le monde de ces grandes pensées religieuses, si riches, si énigmatiques pour nous, et qui sont encore abondamment pratiquées" avait-il conclu, même si, dans son for intérieur, il était persuadé de la supériorité des dieux hindous.

Cela suffisait pour cette fois. Le temps avait passé comme l'éclair. Malgré elle, Clarisse redoutait Stéphane. Elle ferma le Cahier indien éteignit l'électricité dans la classe, retourna à la salle des professeurs où traînaient des prospectus syndicaux, prit son manteau dans son casier et rangea le classeur sous un vieux chandail.
Elle sortit du lycée, très troublée dans son for intérieur.
Au lieu de la détacher de l'homme qu'elle aimait, le récit de leur rencontre l'en rapprochait. Le souvenir des ses amples épaules, de sa peau transparente, de l'habileté de ses gestes, de son attention gentille et moqueuse, ce premier soir, lui mettait dans la gorge une soif inextinguible. Où donc était la Voie suggérée par le Bouddha Amida dans ce récit ? Ne se trompait-elle pas en écrivant le Cahier indien ? La remémoration d'un grand sentiment est un toujours un pas en avant, sembla lui murmurer le vent qui brûlait son visage.

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