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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Un dimanche de révolution de Wendy Guerra

Inutile d'être lue, primée, traduite en plusieurs langues, si on ne peut pas être reconnue dans son propre pays, rencontrer les lecteurs de sa langue d'origine, partager son oeuvre avec les siens.
Je suis une femme qui écrit, parle seule et voyage ainsi à travers la planète, est lue dans cet autre monde dont nous ignorons ici l'existence. Je veux juste être écoutée. Pas en tant qu'auteure, pas en tant qu'intellectuelle. Je veux entamer un dialogue avec quelqu'un qui ne prenne pas peur quand je m'approche de lui. Puis-je faire confiance à quelqu'un ?

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Un dimanche de révolution de Wendy Guerra

Titre original : Domingo de Revolución

Traduit de l'espagnol (Cuba) par Marianne Millon

Date de parution : 24 août 2017

Éditions Buchet Chastel - ISBN : 9 978-2-283-03066-0 - 214 pages - Prix éditeur : 19 €

 

 

Cleo vit seule depuis la mort de ses parents décédés dans un mystérieux accident de voiture. Elle réside dans une des vieilles demeures du Vedado qui tient encore miraculeusement debout et emploie Màrgara qui a déjà travaillé pour la famille dans le passé.

Alors que son recueil de poèmes vient d'être publié dans le reste du Monde et vient de remporter un prix en Espagne, Cleo sent que l'étau de son intimité se resserre jusqu'à un point de non retour car aujourd'hui elle est considérée être une dissidente par les "segurosos", les agents de la sureté de l'État. La liberté de vivre et de penser, Cleo a toujours vécu loin d'elle. Depuis son enfance, elle sait que chaque miette de son intimité est observée, décryptée, interprétée, notée. Mais aujourd'hui avec sa nouvelle notoriété, la vie privée de Cleo est violée jusqu'aux prémices de son être.

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Cuba est associé à ses plages de sable fin, à ses voitures sixties, à sa musique, au rhum, aux cigares, à Che Guevara, à son architecture hispano-coloniale ... Mais avons-nous idée de ce qu'est Cuba derrière ces images de cartes postales ? "Un dimanche de révolution" est un roman qui nous fait découvrir la face cachée de cette île caraïbienne. Le régime, une sorte de "dictature de velours" empêche encore aujourd'hui les Cubains d’être réellement libres. Même la jeunesse, qui n’a pas connu les grandes heures de la révolution, est touchée par ces pratiques dignes d'un film d'espionnage et qui pourtant dépasse largement la fiction. Une réalité qui peut surprendre car nous pouvons penser à tord qu'aujourd'hui au XXIème siècle ce passé est bien loin, révolue, et pourtant. Cette vérité nous est dépeinte dans ce roman à travers le personnage de Cleo. Je ne peux pas nier que le roman manque de clarté, que nous sommes noyés dans les écrits de Cleo qui n'arrêtent pas de s'exprimer et qui nous fait partager mille et une pensées, sans parler des poèmes qui apparaissent ça et là. Mais vivre dans la peur, où chacun de vos gestes est épié, où vous vous sentez menacé, que votre liberté de penser et de parole bafoué, ... Alors oui, on s'exprimerait sans doute de cette façon et cela peut être une raison pourquoi l'auteur Wendy Guerra de la même génération de son personnage, a ainsi écrit ce roman. A travers d'autres personnages qui croiseront la route de Cleo, Wendy Guerra nous permet d'aller à la rencontre de cubains issus de la diaspora, leurs rêves, leurs espoirs, leur méfiance, ... Formée aux ateliers d'écriture du grand Gabriel Garcia Márquez, elle n'oublie pas de rendre hommage à son maître, Prix Nobel de littérature. "Un dimanche de révolution" est un roman qui se lit, posément. Il aurait peut être été plus agréable s'il avait été plus travaillé et si l'on ne passait pas constamment d'un sujet à l'autre sans transition. Pourtant, il reste un roman qui mérite que lui accorde une attention pour la vérité qu'il nous transmet.

"Un dimanche de révolution" est un roman haletant, sensuel et éloquent où s'y dévoile un secret de famille pesant.

Personne ne devrait rester très longtemps dans un endroit où on le rejette, mais je navigue en cercles, sombrant dans l'étang de ma propre défaite sociale. Je me sentais sur le point de me noyer dans mes larmes, mes propres vers, écœurée par ma propre écriture blablabla, étranglée dans la brume surveillée de l'éternelle touffeur de l'été. Une main apparut dans l'obscurité. Je la pris sans poser de questions et sortis résolument de l'eau.

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