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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La tresse de Laetitia Colombani

Elles traversent, et tout à coup, c'est là, maintenant, le moment de lâcher la main de sa fille de l'autre côté de la route. Smita voudrait tant dire : réjouis toi, tu n'auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n'auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat dans son ventre.
Alors elle se penche vers elle, et lui dit simplement : va.

Page 47

La tresse de Laetitia Colombani

Éditions Grasset - Date de parution : 10 mai 2017 - ISBN : 9782246813880 - 223 pages - Prix éditeur : 18 € - Prix du livre numérique : 12,99 €

 

 

"Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté."


À Bad­lapur, petit village indien de l'Uttar Pradesh, vit Smita, une intouchable de la caste des "scavenger", ceux qui ramasse les excréments humains à mains nues. Smita ne souhaite pas que sa fille ait le même avenir que le sien, elle veut que Lalita ait une chance en allant à l'école du village. Mais il ne suffit pas d'aller à l'école pour enlever l'étiquette de caste. Dès son premier jour d'école, Lalita est malmenée à l'école. Folle de rage, sa mère qui a donné toutes ses économies au Brahmane pour la faire rentrer à l'école, décide de récupérer son argent au péril de sa vie. Elle doit fuir et rejoindre Chennai où elle a de la famille, en espérant y trouver une vie meilleure.

À Palerme en Italie et à seulement 20 ans, Giulia travaille dans l'atelier de son père, un atelier qui pratique la coutume sicilienne ancestrale de la cascatura qui consiste à récupérer les cheveux pour en faire des postiches, perruques et extensions. Mais le monde de Giulia vient de s'écrouler, son père a eu un grave accident de scooter alors qu'il faisait sa tournée des coiffeurs. Il est dans le coma et il ne se réveillera peut-être jamais. Un second tremblement de terre aura lieu lorsque Giulia, en cherchant des papiers dans le bureau de son père, découvrira que ce dernier est endetté : l'atelier doit fermer et la maison familiale est hypothéquée. Giulia ne pourra pas compter sur sa famille pour l'aider. Heureusement, il lui reste Kamal, un homme que son destin lui a envoyé après l'accident de son père. Grâce à Kamal, Giulia retrouvera la vie et la force pour braver ces obstacles.

À Montréal au Canada, Sarah mène une brillante carrière d'avocate pour laquelle elle néglige sa vie privée et surtout ses trois enfants qu'elle élève seule. À presque quarante ans, elle est un modèle de réussite pour les avocats de sa génération et souhaite atteindre le graal, celui d'être tout en haut de l'échelle. Lorsqu'on lui diagnostique un cancer du sein, elle pense pouvoir dissimuler sa maladie à ses associés et à ses clients mais n'y parviendra pas.


Liées sans le savoir, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné par la société ou par la famille. Elles décident de se battre. Leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

 

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"La tresse" est un roman qui a été très médiatisé et sans aucun doute un incontournable de cette année 2017, du moins avant la tant attendue rentrée littéraire d'août-septembre. Laetitia Colombani, scénariste, réalisatrice et comédienne, frappe à grand coup son entrée dans le monde de la littérature avec ce premier roman.

 A l'image d'une tresse que l'on confectionne, nous retrouvons tour à tour dans ce roman, le destin de trois femmes : Smita, Giulia et Sarah jusque leur destin se frôle à travers une poignée de cheveux. Chacune des interventions est juste, d'une taille appréciable, tout en symbiose, parfaitement construite. L'écriture est fluide et sans faute. Laetitia Colombani nous transporte au trois coins du monde en nous transmettant les différences culturelles de chacun de ses personnages.

Concernant l'intervention de Smita, "la partie indienne", l'auteure a vraiment exploité de nombreux sujets associés à l'Inde notamment celui des intouchables. Elle ne tisse pas une aventure sous fond de clichés mais bien l'Inde rurale telle qu'elle est vécue chaque jour par ceux qui y habitent et qui y tentent de survivre. L'auteure porte une attention particulière à nous parler de la condition des femmes indiennes : intouchables, veuves ou simplement mariées. Elle n'hésite pas à nous décrire les moyens de transport utilisés par les pauvres en Inde, dépourvus de confort et de dignité. Elle nous montre la force de la foi et la totale dévotion que l'on peut dédié à un dieu. Smita vénère Vishnou, qui lui apporte une force surhumaine pour affronter les injustices de sa vie. C'est vraiment une leçon de courage que cette femme nous offre. L'histoire de Giulia est qu'en à elle est très belle, même si elle se construit avec une toile de fond assez triste avec l'hospitalisation de son père et la découverte des dettes qu'il a cumulé, nous ne pouvons que fondre devant la passion qu'elle éprouve pour cet indien Kamal. J'étais par contre moins emballé par le personnage de Sarah, trop wonderwoman à mon goût.

Même si je n'étais pas surprise de la tournure du roman - je l'avais deviné dès le début de la lecture - j'ai tout de même bien apprécié cette lecture. "La tresse" est un roman qui se lit d'une traite, comme lorsqu'on fait une tresse.

"La tresse" est un roman où des cheveux deviennent le lien entre trois femmes.

 

La peau de Kamal est un baume, un onguent, un remède au chagrin du monde. Elle voudrait n'être que cela, un corps livré au plaisir, car le plaisir la tient debout, la tient en vie. Elle se sent tiraillée entre des sentiments extrêmes, tour à tour abattue et exaltée. Tel un acrobate sur un fil, elle a l'impression d'osciller au gré du vent. C'est ainsi, se dit-elle, la vie rapproche parfois les moments les plus sombres et les plus lumineux. Elle prend et donne en même temps.

Page 103

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PatiVore 27/08/2017 15:16

Un roman que j'ai bien aimé aussi :)