Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
atasi.india.mania.com

atasi.india.mania.com

" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Le mythe de la vache sacrée de Florence Burgat

Dans un pays où tout est étranger, où les repères les plus habituels font défaut, le cœur est à vif. Les choses sont vécues sans protection, et la fatigue accroît la dureté. On ne peut les déplacer dans aucun cadre vraiment connu ; c'est de plein fouet qu'on les reçoit. Ce n'est que plus tard que l'on découvre comment elles se sont logées dans notre vie psychique pour cohabiter avec l'ordre intérieur qui nous était familier. J'ai eu longtemps la sensation qu'une sorte de poche s'était formée en moi où continuait à battre le cœur de l'Inde.

Page 12

Le mythe de la vache sacrée

La condition animale en Inde

De Florence Burgat

Éditions Rivages Collection : Rivages Poche / Petite Bibliothèque -Numéro : 884

Date de parution : 24 mai 2017 - ISBN : 978-2743640057 - 314 pages - Prix éditeur : 8,90 €

Quatrième de couverture

Comment traite-t-on les animaux au pays de la vache sacrée ? Lors d’une mission en Inde, Florence Burgat a eu l’occasion de visiter plusieurs refuges et de rencontrer de nombreux responsables d’organismes de défense des animaux. Elle revient aujourd’hui sur cette expérience et nous donne à lire le récit sobre et sensible de son journal de voyage, complété par un essai et d’une anthologie de textes du Mahatma Gandhi.

Alternant approches subjectives et documentées, ce recueil original nous livre une conception de l’animal aussi complexe que déroutante.

 

C'est lors de son voyage en Inde en 1998 que Florence Burgat a rédigé un journal de bord et ce n'est que des années plus tard qu'elle a décidé de le faire publier. Lors de ce séjour qui a duré une vingtaine de jours et qui l'a conduite à Delhi, Mumbai (Bombay) et Chennai (Madras), elle y a glané des informations, découvert de nombreux lieux, rencontré nombre de personnes, ... Son objectif principal : se faire une idée de la condition animale en Inde.

A travers cette très intéressante publication, elle nous fait prendre conscience de la réalité sur le terrain, une réalité dont elle n'avait pris entière conscience avant d'entreprendre son séjour. Le mythe de la vache sacrée en prend un sacré coup. Le résultat est accablant, déroutant. Au pays de Gandhi, les animaux se meurent dans l'indifférence quasiment générale et les vaches ne sont pas en reste. Les animaux recueillis dans les différents dispensaires - trop souvent surpeuplés - sont rarement soignés et souffrent de malnutrition, les animaux destinés à l'abattage vivent un véritable calvaire (manque d'eau et de nourriture lors du transport, conditions d'abattages cruelles, ...), ... Pourtant un Bureau de la protection animale en Inde a été créé au sein du gouvernement après l'Indépendance de l'Inde, de nombreuses structures existent, des associations et de nombreuses personnes oeuvrent à cette cause, quelquefois des subventions sont versées, ... Et pourtant, ils sont rares les dispensaires où les animaux sont dignement traités, le sort des chiens des rues divisent, ... Des solutions pourraient être mise en place si une cohésion existait entre les humains.

Avec cette lecture, nous comprenons que les moyens restent très faibles, que de nombreuses structures existantes dépérissent avec ses pensionnaires. En effet, au lieu d'aider les animaux à vivre, ces lieux font plus souvent office de mouroir et la mode des nouveaux animaux de compagnie comprenant les chiens d'agrément et de compagnie (a contrario des slums dogs, les chiens jaunes que l'on retrouve absolument partout en Inde) n'aideront pas à endiguer le problème. Il y est très intéressant que lors de ce voyage, Florence Burgat s'est rendue dans trois villes éloignées l'une de l'autre. L'on y constate de nombreuses différence de la condition animale en Inde rien qu'en comparant ces trois villes, nous n'osons même pas imaginer le résultat englobant le reste du pays.

Le journal de bord de Florence Burgat n'est qu'une partie de cet ouvrage. Une autre se révèle extrêmement intéressante, celle nommée "La condition animale en Inde : entre violence et non-violence". Une partie plus théorique sans être trop académique. Florence Burgat nous y apporte une analyse plus approfondie, en se basant notamment sur de nombreuses publications ayant abordé le sujet tout en incluant des éléments historiques. Des clés pour une meilleure  compréhension du sujet. Le nom de Gandhi est associé à la non-violence et il est très souvent cité à travers les pages de ce livre. Une partie du livre nommée "Gandhi face au devoir de non-violence envers les animaux" reprend des extraits de texte de cet homme. Florence Burgat a également traduit la brochure qu'elle a reçu de la "Animal Welfare Board in India" de Madras, le Bureau de la protection animale en Inde. Cette traduction permet de découvrir les missions du Gouvernant pour la cause animale.

L'ensemble de l'ouvrage est assez facile à lire, agrémenté de photographies de son auteur. Il faut admettre que certains passages peuvent se révéler très difficiles, l'on peut par ailleurs comprendre qu'il a été extrêmement difficile pour Florence Burgat d'avoir vécu cette expérience et l'on peut tout à fait comprendre que l'Inde puisse la rebuter. Il ne faut pas se leurrer, elle nous dresse un portrait peu glorieux de ce pays, un pays qu'elle nous décrit comme oppressant notamment à Delhi. Une Inde réelle sans fard.

"Le mythe de la vache sacrée" est un ouvrage, sans prétention, accessible à tous et qui aborde un sujet très sensible. Un véritable témoignage agrémenté d'une analyse et d'une bibliographie complète et qu'il ne faut pas hésiter à lire.

Sans ombre ni eau, sans répit, les bêtes sont condamnées à vivre dans ce brouhaha insupportable si contraire à leur attrait pour le calme et la lenteur. Une nausée me submerge et pour la première fois je me sens vraiment mal et dans la plus grande insécurité. Je voudrais fuir ce chaos d'un autre âge, partir loin de cette vie qui grouille, atroces, dans les ordures et les immondices. La foule est dense, massive, terriblement inquiétante. L'absence de tout ordre me semble la chose la plus compliquée à entendre ici, rappelant les descriptions d'époques lointaines que les historiens ont reconstitués et dans les lesquelles tout nous est étranger, et d'abord les hommes eux-mêmes, dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas.

Page 118

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article