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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La Marche du Héros de Anita Rau Badami

Sur le sol terreux, devant lui, il voyait le rangoli, constitué de points blancs et de courbes, dessiné par Koti ce main. Un dessin réalisé avec une pâte de farine de riz, afin de tenir le mal à l'écart de cette maison. Koti en connaissait tout un assortiment - des rangées de points, en ordre strict, que reliaient des lignes courbes. Sans les points, les lignes ne signifiaient rien, et quand les points désertaient le dessin il ne restait que le chaos. A présent, le rangoli avait perdu sa perfection, maculé par des dizaines de pieds, désagrégé par le vent, démantelé par les fourmis. Demain, pourtant, il existerait de nouveau, composé par les doigts patients de Koti. Mais se trouverait-il quelqu'un pour gommer cet appel téléphonique ? Réorganiser sa vie ? Effacer le temps, comme la pâte de riz, et composer un nouveau dessin de points et de lignes plus joli que le précédent ?

Page 57

La Marche du Héros

De Anita Rau Badami

Titre original : The Hero's Walk

Roman traduit de l'anglais (Inde) par Françoise Adelstain

Éditions Stock - Collection La Cosmopolite - Parution en 2002 - Uniquement en occasion

 

La Grande Maison a perdu la magnificence d'autrefois tout comme la famille de brahmane qui y vit depuis des générations, les Rao, aujourd'hui endettés.

Il est tôt ce matin-là, lorsque le téléphone sonna sans relâche pour apporter une nouvelle qui alla chambouler une nouvelle fois le quotidien des Rao. Maya la fille de Sripathi Rao le maître des lieux et qui a renié sa fille car elle mit fin à ses fiançailles avec un bon parti pour se marier avec un canadien, est décédée dans un accident de voiture à Vancouver avec son mari Alan. Ils laissent leur fille unique, Nandana, âgée d'à peine 7 ans orpheline.

Alan ayant lui-même perdu ses parents, la seule famille restant à la petite Nandana est la famille indienne de sa mère qu'elle ne connaît seulement à travers les photos encadrées que l'on trouvait dans leur maison bleue. Sripathi Rao doit se rendre à Vancouver pour vider la maison de sa fille et ramener la petite à sa maison de Brahmin Street de Toturpuram.

Nandana s'est murée dans le silence dès qu'elle a appris le décès de ses parents et le restera dans la Grande Maison. Elle vivra - en plus du choc d'avoir perdu ses parents et son univers - un choc des cultures renforcé par la vie au coeur de la Grande Maison où y vivent plusieurs générations : Ammayya son arrière-grande-mère gâteuse et aigrie, sa grande-tante Putti qui n'a toujours pas de mari alors qu'elle a plus de quarante ans, ses grands-parents Sripathi et Nirmala et son oncle Arun avec qui elle partage sa chambre. Nandana rêve d'une chose, fuir et rentrer à sa maison, retrouver ses parents loin de cette maison et ce monde de fous.

 

"La Marche du Héros" est le second roman d'Anita Rau Badami qui a été publié pour la première fois en 2001 et pour lequel elle remporta le Prix du Commonwealth. Il est très différent de "Entends-tu l'oiseau de nuit" son troisième roman. "Entends-tu l'oiseau de nuit" est un roman sur fond historique qui s'étale sur une longue période alors que "La Marche du Héros" est un roman purement fictif et qui se déroule durant une période plus courte, peut-être un an tout au plus. Le premier nous transportant principalement à Vancouver au Canada avec des retours au Pendjab et Delhi alors que dans "La Marche du Héros", le lecteur se retrouve dans une ville près de la mer dans le Golfe du Bengale, non loin de Madras. Pourtant, un point commun existe entre eux, chacun traitant à sa façon de la complexité de la vie familiale indienne et de l'écart culturel qui se manifeste lorsque les Indiens s'expatrient. 

"La Marche du Héros" débute avec l'annonce du décès de Maya mais il n'est que le facteur déclencheur de ce qu'il adviendra de cette famille brahmane traditionnaliste aujourd'hui en dérive dans une société indienne en pleine métamorphose.

Sripathi - fils, mari, père et grand-père - est le personnage principal du roman et on y découvre le désordre qu'est sa vie, en décrépitude comme la maison ancestrale où vivent tous les membres de sa famille. Une mère qui fait la pluie et le beau temps dans la "Grande Maison". Les qualificatifs pour qualifier cette femme de plus de 80 ans sont nombreux : tyrannique, dominatrice, hypocondriaque, paranoïaque, égoïste avec un sinistre abandon. Une femme qui effraye les prétendants venus pour sa fille car son seul objectif est d'avoir à jamais sa fille à son service. Son amertume se justifiant sans doute car son mari qui est aujourd'hui décédé avait entretenu une maîtresse, dilapidé la fortune familiale aux jeux de hasard et même laissé de nombreuses dettes et que son fils Sripathi n'est pas devenu médecin comme elle l'aurait rêvé. Dans la vie de Sripathi, il y aussi Nirmala, sa chère et tendre épouse, qui regrette que son mari ait tourné le dos à leur fille juste pour une question d'honneur et de fierté. Enfin, Arun son fils qui est activement impliqué dans un activisme politique au lieu d'avoir un bon travail. Et voilà, que sa fille Maya est décédée là-bas à l'autre bout du monde. Sripathi regrette sa décision d'avoir coupé les ponts avec sa fille des années plus tôt alors qu'il l'aime pourtant tant. Il ne pourra jamais changer le passé et faire revenir sa fille mais il peut essayer de rendre heureuse Namala mais cette dernière a peur de son grand-père.

C'est vraiment un cheminement que nous permet d'observer Anita Rau Badami, celui d'un deuil qui permettra aux membres de cette famille de prendre conscience qu'il est temps de tourner la page. Sripathi, en tant que chef de famille, devra prendre de nombreuses décisions. Le dilemme le plus important est celui de se séparer de la "Grande Maison" car elle n'est qu'une ruine, un gouffre, dernier témoignage d'un temps passé, celui où la Brahmin Street était  une rue où ne vivaient que des brahmanes dans de superbes demeures. Avec le décès de Maya, de nombreux personnages s'affirmeront. L'épouse, Nirmala, décidera de ne plus être soumise et Putti, la soeur de Sripathi s'amourachera d'un riche voisin mais d'une caste inférieure, elle tiendra tête à sa mère qui vit encore dans les préceptes anciens dont celui des castes, à savoir que la caste des brahmanes est la plus haute caste et les autres des castes impures. Le fils de Sripathi et Nirmala, Arun restera un personnage de l'ombre.

"La Marche du Héros" est une belle découverte et qui conforte dans l'idée qu'il est important de dépoussiérer d'anciennes parutions car elles peuvent recéler de très bonnes lectures. Frustration, mélancolie, regrets, prise de conscience, allez de l'avant malgré tout car il n'est pas trop tard pour tout, c'est un peu de tout ça que l'on retrouve à travers ces pages, de ce beau roman.

 

Elle savait que la vielle femme fouinait partout, mais elle n'avait même jamais rêvé de l'en empêcher. Obéissance, respect des anciens, soumission, tout cela était inscrit dans ses veines. Mais la mort de Maya avait porté un rude coup à ces traditions. En perdant son enfant, d'abord à cause de l'orgueil de Sripathi, puis du seigneur Yama lui-même, Nirmala avait encaissé plus qu'elle ne pouvait supporter. Pour toutes ces années où elle s'était comportée en bonne épouse, bonne mère et belle-fille, c'était cela sa récompense ? Désormais, il n'était plus question d'obéir aveuglément à Sripathi ou de ménager Ammayya.

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