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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Le Temps des vrais bonheurs de Roopa Farooki

Pour cristalliser les conflits entre les gens, la religion, la vie et la guerre dans des vers lumineux et devenir ainsi un authentique poète et non plus un copieur. Owen, Tagore. Il ne leur ressemblait en rien ; il les avait imités et s'était fait percer à jour par cette comparaison, comme un ventriloque avec sa marionnette. Même si Anwar, le premier de ses admirateurs, ne s'en était pas rendu compte, on ne lui avait pas tressé de lauriers ; on l'avait démasqué.

Page 57

Le Temps des vrais bonheurs de Roopa Farooki

Le Temps des vrais bonheurs 

De Roopa Farooki

Titre original : Half Time

Traduit de l'anglais par Jérémy Oriol

Éditions Babel pour l'édition de poche - Diffusion France : Actes Sud -  Babel n° 1442 - Date de parution : 1er février 2017 - ISBN : 978-2330073060 - 298 pages - Prix éditeur : 8,50 €

Éditions Gaïa pour la version broché - Date de parution : juin 2014 - ISBN : 978-2847204285 - 256 pages - Prix éditeur : 20 €

Muslim Writers Awards 2011

“Il est temps de cesser le combat, et de rentrer.” En lisant ces vers d’un poète bengali, la jeune Aruna décide de quitter Londres et son mari pour revenir à Singapour. Alité à l’hôpital de Kuala Lumpur, ledit poète, sur le point de mourir, se remémore son existence – ses amours, la guerre fratricide qui a divisé son pays d’origine, le Bengale, et son fils qui ne lui parle plus. Ce dernier vit à Singapour et peine à oublier Aruna, son âme soeur. Ils étaient inséparables depuis l’enfance jusqu’à ce qu’elle disparaisse, deux ans plus tôt.
En trois jours et trois nuits, les tragédies historiques et familiales se mêlent aux préoccupations quotidiennes dans un roman grave et doux, qui évoque aussi bien la cruauté que la poésie de la vie.

 

"Mon frère ennemi. Il y aura toujours une place pour toi dans mon cœur mais il n'y a plus de place pour toi dans mon pays. La terre verte et douce est rouge de sang d'hommes braves, de femmes brisées et d'enfants innocents, et les cris de vengeance ne doivent pas être étouffés et ne le seront pas. Mon frère, mon ennemi. Il est temps de cesser le combat et de rentrer."

Page 22

Ce sont les vers d'un poète bengali, Hari Hassan. Des vers qu'il écrivit au début des années 1970 dans une lettre destinée à son ami d'Oxford, Anwar le Pendjabi devenu au fil de l'histoire Anwar le Pakistanais, et qu'il publia dans la presse nationale faute de réponse de son ami. Aujourd'hui, Hari Hassan n'est plus qu'un vieil homme décrépit, vulgaire pantin inanimé dans un hôpital malais de Kuala Lumpur. Un vieil homme dont il ne reste plus que les souvenirs d'antan : le Bengale, Anwar, Nazneen, Jazz et Zaïda. Il espère que la mort vienne rapidement, une mort que son fils Jazz qui vit à Singapour et qu'il n'a pas vu depuis deux ans lui refuse obstinément en ayant fait la demande d'une opposition de non-réanimation. Hassan regrette l'absence de son fils qui a décidé de couper les ponts avec son père mais regrette également ne jamais avoir réussi à trouver la trace de son autre enfant.

 

"Ils est temps de rentrer et de cesser le combat".

 

Ce sont  ces mêmes vers qui ont fini par persuader Aruna à quitter subitement sa vie londonienne et son mari Patrick, un matin à la sortie du lit, sans valise, sans se retourner. Il est temps de cesser le combat et de rentrer, rentrer à Singapour où elle a grandi, rentrer à Singapour et retrouver Jazz qui est à la fois son ami d'enfance et petit ami, son double. Mais au final, pour y trouver quoi ? Pourra-t-elle retrouver le cours de la vie qu'elle a quitté subitement quelques années auparavant ? Arrivera-t-elle à chasser ses démons et se reprendre en main ? Trouvera-t-elle une issue ?

 

 

Le Temps des vrais bonheurs de Roopa Farooki

"Le temps des vrais bonheurs", "Half time" son titre original, est un roman très surprenant. J'avoue que je ne m'étais pas encore plongée dans les romans de Roopa Farooki alors qu'elle a déjà publié une belle série. Le facteur déclencheur a été pour moi sa couverture, disons assez indienne. Pourtant, ma première - et pourtant mauvaise intuition - a été celle de m'attendre à trouver ce roman comme je les nomme "léger" et peut être un soupçon banal, un roman qui raconte l'histoire d'une femme qui quitte son mari pour revenir au pays et retrouver son ex. J'étais alors loin de m'imaginer ce que j'allais y trouver.

"Le temps des vrais bonheurs" est une histoire qui découle précautionneusement malgré qu'il se déroule uniquement sur trois jours et trois nuits. En ce temps pourtant si court, des vies peuvent changer, des vérités peuvent éclater, des secrets dépoussiérés. "Le temps des vrais bonheurs" est un récit qui fait des va-et-vient entre passé et présent, l'un chassant l'autre à un rythme parfait. Pour comprendre l'aujourd'hui, il est indispensable de comprendre ou du moins analyser le "hier".  La narration se base sur trois personnages : Aruna qui décide sur un coup de tête de quitter Londres pour retourner à Singapour où elle a grandi auprès de Jazz, Jazz avec qui elle a une relation fusionnelle depuis l'âge de 10 ans ; Jazz qui a grandi auprès d'Aruna et qui fut à la fois son ami d'enfance, son protecteur, son confident, son compagnon et qui est, comble du sort, un parent ; enfin Hassan qui est dans un hôpital de Kuala Lumpur et qui espère que la mort vienne enfin le délivrer. Hassan étant le père de Jazz et avait vécu un temps à Singapour avec femme et enfant mais il a aussi connu l'Inde, le Bengale, les tensions entre Inde et Pakistan, la naissance du Bangladesh et un amour perdu.

Il sera question tout le long du roman de l'ambiguïté des relations entre Inde et Pakistan, deux pays ennemis mais qui ne pourront jamais aller à l'encontre d'une amitié profonde entre deux êtres, Anwar le Pendjabi devenu Pakistanais et Hassan l'Indien. Deux amis qui se sont rencontrés sur les bancs d'Oxford au Royaume-Uni et que l'histoire a décidé de les séparer en basculant l'un de l'autre côté de la nouvelle démarcation. Pourtant les tensions entre ces deux pays n'ont jamais réussi à faire cesser cette amitié profonde alors même qu'Anwar a été militaire dans l'armée pakistanaise. Les deux amis ont fini par se retrouver et cohabiter dans un pays multiculturelle la Malaisie.

Une autre profonde amitié est relatée dans ce roman, celle d'Aruna, autour de laquelle se déroule principalement le roman, et Jazz, le lien entre Aruna et son père. On découvrira l'histoire de leur symbiose avant que le couperet tombe, la maladie d'Aruna d'une part et d'autre part l'explication de leur relation fusionnelle et leur profonde ressemblance. Ce qui est également intéressant dans"Le temps des vrais bonheurs" est la manière dont Roopa Farroki réussit à maintenir les mystères. En lisant le lecteur peut avoir l'impression, plus d'une fois, avoir résolu l'énigme concernant les liens de sang qui unissent Aruna à Jazz et pourtant Roopa Farooki réussit à nous orienter sur une fausse piste, discrètement, subtilement.

"Le temps des vrais bonheurs" est un roman qui nous transporte d'une contrée à l'autre, de Londres à Singapour en passant par le Bengale en Inde et Kuala Lumpur. Il nous transporte dans les souvenirs et met à rude épreuve les relations entre les êtres. C'est le moment des retrouvailles, des confessions, du bilan, de la libération.  "Il est temps de cesser le combat et de rentrer" est une phrase qui revient très souvent dans le roman et qui apportera une véritable réflexion sur la vie et même un soupçon d''espoir dans un monde de conflit. "Le temps des vrais bonheurs" est une lecture intéressante et originale sur la complexité des êtres et le multi-culturalisme. Roopa Farooki y fait tomber les frontières tout en maintenant une souche identitaire profonde. "Le temps des vrais bonheurs" m'a vraiment donné envie de découvrir les autres romans de l'auteur, au point que son dernier traduit en français "Gentilles filles, braves garçons" est déjà prêt à être dévoré à son tour.

 

Mais alors qu'il feuillette ses journaux, prêtant à peine attention aux mots, rien qu'à la vue de cette écriture familière et de cette ponctuation affectueusement surabondante, Hassan se souvient. Anwar, fier comme un paon, du haut de son mètre soixante-cinq à peine, avec ses méticuleux rituels de toilette et ses chaussures impeccablement cirées.
[...]
Anwar le Pendjabi puis, plus tard, lorsque l'histoire, les Britanniques et le mouvement nationaliste redessinèrent les contours de l'Inde, Anwar le Pakistanais.

Page 48

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