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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La vie des autres de Neel Mukherjee

Je veux te raconter en détail ce qui s'est passé, et ce qui se passe encore. Quand tu entendras d'autres voix en discuter après coup, toutes avec leurs ombres et leurs demi-vérités, leurs mensonges et leurs inventions, tu pourras relire ces pages en sachant que toi, et toi seule, connais la vérité. C'est tout ce que je peux t'offrir. Une fois que tu auras lu ça, brûle-le. En aucun cas ces fragments de lettres ou de récits ne doivent être trouvés sur toi, ni à la maison. Tu vas bientôt comprendre pourquoi.

La vie des autres de Neel Mukherjee

Édition originale : The Live of others (W. W. Norton & Company, 2014)

Traduit de l'anglais (Inde) par Simone Manceau

Publication du 18 août 2016

Éditions Piranha - ISBN : 978-2-37119-045-0 - 560 pages - Prix éditeur édition broché : 24,90 € - Prix de l'ebook : 16,99

 

Prix : Man Booker Prize 2014

La vie des autres de Neel Mukherjee

Prafullanath Ghosh est un symbole de réussite. Parti de rien, à force d'obstination et de persévérance, il s'est imposé dans l'industrie du papier malgré les différentes crises qui ont touché le Bengale et l'Inde avant et après l'Indépendance. Il est devenu le patriarche d'une famille estimée avec laquelle il vit dans une vaste demeure de South Calcutta, trois générations sous un toit. Mais alors que la relève devrait être assurée par ses héritiers mâles, fils et petits-fils, le château de carte commence à vaciller. Entre les mauvais investissements dans ses usines à papier, les grèves des salariés, la vague communiste qui sévit au Bengale, l'incapacité de ses fils à gérer les succursales et les difficultés financières de plus en plus importantes, Prafullanath Ghosh ne réalise pas encore que la gangrène ronge sa famille et son empire.

À l'aube des années 70, plus rien ne va chez les Ghosh et vont traverser une crise sans pareil. La disparition soudaine de l'ainé des petits-fils, Supratik, qui a troqué sa vie confortable pour lutter contre les injustices sous le joug du CPI(M), parti communiste maoïste, dans les campagnes du Bengale et du Bihar voisin, apportera le coup de grâce avec dans son sillon la déchéance de l'ensemble de sa famille prise dans une spirale infernale qui ne ménagera pas le cœur fragile de Prafullanath Ghosh.

Pour autant, ce mauvais coup du sort épargnera la branche reniée de la famille Ghosh à travers Sona. Derrière cet enfant toujours tapi dans un profond mutisme et vivant avec sa mère veuve et sa soeur à l'ombre des extravagances du reste de la famille Ghosh. se trouve un véritable génie.

La vie des autres de Neel Mukherjee

"La vie des autres" est le second roman de Neel Mukherjee qui nous confirme une nouvelle fois ses talents d'auteur que nous avons découvert dans son premier opus "Le passé continu" récompensé par de nombreux prix. Personnellement, je trouve que ce nouveau roman devance largement le précédent. Il n'y a absolument aucune fausse note à constater dans "La vie des autres", je pourrais ainsi dire qu'il est parfait. Tout est bien synchronisé, clarifié, détaillé, peaufiné. Presque un travail d'orfèvre. Dès les premiers paragraphes, le lecteur est happé par le drame d'un homme dans un village bengali. Il sera très vite propulsé dans une saga familiale que l'on pourrait qualifier de drame familial et s'étonnera même de sa facilité à s'immiscer dans la vie des autres.

Ce roman explore le sujet du communisme au Bengale, un sujet largement abordé dans beaucoup de romans dont les faits se déroulent sur cette partie de l'Inde. Et pourtant Neel Mukherjee a réussi à innover et à nous déployer une nouvelle vision de cette importante page de l'histoire bengalie contemporaine, tout en démontrant que même si les faits remontent à cinquante ans en arrière, le sujet n'appartient pas au passé et continue d'exister. En quelque sorte le qualifier de "passé continu", si l'on veut reprendre le titre du précédent roman et qui s'accorde parfaitement à ce second. L'auteur nous apporte également à travers tout le roman une force de détails saisissants et fort appréciables, nous permettant de saisir encore plus profondément le roman mais également l'environnement et la culture bengalie.

L'histoire "La vie des autres" est située à Calcutta où elle est concentrée sur l'histoire des membres de la famille Ghosh et en parallèle dans les rizières et les bois à la lisière de la jungle dans l'ouest du Bengale occidental où l'on suit le petit-fils aîné Supratik dans sa lutte afin de rétablir les injustices subites par les pauvres par les riches et les hommes puissants. L'histoire principale se déroule dans la seconde moitié des années 60 jusqu'à l'année 1970 mais l'on y retrouve de nombreux sauts dans le passé reprenant tour à tour des anecdotes familiales et personnelles des membres de la famille Ghosh mais également par le plus fidèle des serviteurs de la maison, Madan. On y retrouve tous les évènements de la vie qui rythment les saisons et les années mais ce qui est très intéressant, c'est qu'on y trouve les faces cachées de ses personnages et même certains de leurs secrets les plus gênants. L'auteur n'hésite pas à faire durer le suspens sur certains faits dont la disparition du benjamin des fils Ghosh. Il est aussi très intéressant que le roman est ponctué par les correspondances de Supratik qui racontent sa vie loin de son foyer et de son confort citadin : la vie rude des campagnes, le travail harassant des paysans, la faim, ... Mais qui couve un désir de vengeance envers les usuriers et les policiers, une vengeance qui sera mis en application dans des missions toujours plus sanglantes et violentes. Dans cette correspondance, le lecteur sera confronté à un autre mystère, qui est le destinataire de cette correspondance.

Autre détail non pas du roman en lui-même mais des annexes que l'on y trouve. Je trouvais cela très intéressant qu'on y trouve un arbre généalogique de la famille Ghosh, indispensable pour une bonne lecture du roman, sans compter du glossaire que l'on trouve en fin d'ouvrage. Je l'ai lu à la fin de ma lecture et j'ai trouvé des détails très intéressants sur les vêtements et la botanique.

"La vie des autres" est un roman fort, avec une écriture subtile et travaillée. Un roman discret en cette rentrée littéraire et qui mérite amplement d'être connu et surtout lu.

Merci à Neel Mukherjee pour ce magnifique roman, une lecture que j'ai beaucoup apprécié lors de mon séjour en Inde. Merci à Simone Manceau pour cette traduction et merci également aux Editions Piranha pour cette publication.

"La vie des autres" à Goa (Fort Aguada) en Inde. Une parfaite lecture et un parfait compagnon de voyage

"La vie des autres" à Goa (Fort Aguada) en Inde. Une parfaite lecture et un parfait compagnon de voyage

Je vois la Voie lactée. Empreintes d'un géant cosmique sur un ciel nord d'encre. Et les étoiles - tant de millions que si je laisse un instant mon regard s'égarer, elles se fondent dans un ciel de magma. Ces étoiles que je vois maintenant se cachent aux yeux des citadins. Chaque fois que je vois un ciel comme celui-ci mon cœur bat à tout rompre ; encore une chose que je ne connaissais pas, la pureté, l'intensité des rais de lumière. Et parfois dans les étoiles je vois ton visage, un bref instant, comme si elles s'étaient disposées pour prendre la forme de ton visage, ton nez, et des yeux, et de ta bouche, et de tes sourcils. Puis tout disparaît, et j'ai du mal à le retrouver, même si j'essaie de toutes mes forces.

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La vie des autres de Neel Mukherjee

Sandhya, de son côté, ne pouvait définir son angoisse profonde, lui donner une forme ou un nom. La peur stagnait en elle, océan impénétrable, inconnu, qu'elle ne cessait d'alimenter au combustible de ce qui finirait par prendre feu, et provoquerait des cataractes que rien ne saurait arrêter. Elle lut tous les articles d'Ananda Bazar Patrika sur les naxalistes - même s'ils étaient dissimulés à l'intérieur du journal, ayant rarement droit à une couverture visible -, et discrètement obtient d'Arunima qu'elle lui traduise les articles en anglais du Statesmann et d'Amrita Bazar Patrika.

Page 91

Ces braises de colère, sur lesquelles on avait pensé qu’il suffirait de souffler pour les raviver, avaient été réduites en cendres de désespoir. Ils étaient déjà morts dans cette vie. Ils n’avaient plus d’espoir, plus d’avenir ; tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était déjouer les malheurs du présent, qui ne pourrait que culminer en une mort prochaine. En d’autres termes, nous, on devait raviver un feu de cendres. Tu as déjà essayé ?

Page 192

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