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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Indian therapy de Juliette Tissot

Je suis arrivée à Delhi le cœur battant de toutes les promesses d'une nouvelle vie. Quitter Paris serait revigorant. Les amis nous prenaient pour des héros de partir vivre en Inde. On reviendrait, un jour, riche d'une autre culture. Mais aujourd'hui, Monsieur Kumar, ma vie est pauvre, minuscule, étriquée. Je ne sais pas pourquoi on devrait continuer à s'infliger une vie pareille. Je me sens enfermée ici. Impossible de s'échapper.

Page 18

Indian therapy de Juliette Tissot

Éditions Tensing - Date de parution : 20 octobre 2015

ISBN : 978-2919750665 - 272 pages - Prix éditeur : 14 €

 

Quatrième de couverture

Sophie Perrotier abandonne sa vie parisienne, ses amis, son job et une miraculeuse place en crèche pour son fils. Tout cela pour suivre Stéphane, son mari, muté à New Delhi. Stéphane fait partie de ces expatriés envoyés pour conquérir le grand marché indien. Deux ans plus tard, Sophie déprime et déchante. Elle n’avait pas imaginé combien ce déménagement en Inde bouleverserait sa vie. À travers les consultations de Sophie avec son psy imaginaire, le Docteur Kumar, Indian therapy nous plonge avec férocité et tendresse dans le monde des expatriés en Inde, mais aussi dans les interrogations universelles d’une femme sur le sens de sa vie.

« Vous ne changerez pas l’Inde, mais l’Inde vous changera ». Ma vie était écrite dans la brochure « Bienvenue à Delhi ».

Indian therapy de Juliette Tissot

Avec "Indian Therapy", devenez Monsieur Kumar ou plutôt Docteur Kumar, le psy imaginaire d'une expatriée parisienne à Delhi.

 

Deux ans que la famille Perrotier est expatriée à Delhi. Stéphane, le père de famille, est cadre dirigeant dans une chaîne de supermarchés qui rêve de s'implanter en Inde alors que le pays tient fermement à ses épiceries de quartier. Son épouse, Sophie, ne supporte plus sa condition d'expatrié, d'ailleurs l'a-t-elle une fois supportée. Pour elle, quitter sa vie parisienne a été une rupture et son arrivée en Inde une douche froide. Même si en contradiction, les premiers mois en Inde ont été pour elle assez fascinants comparés à ceux qui ont suivi.

Après deux ans d'une vie morne - sans pouvoir gagner sa croûte et devant dépendre du salaire de son mari,  une vie sans but et à ne rien faire, ne réussissant pas à justifier l'usage de son temps libre comme le demande son éducation, enchaînée à son statut "de femme de" et "mère de" - elle apprend que Stéphane a décidé de renouveler son contrat avec l'Inde.

 

Pour calmer sa frustration et sa colère de devoir encore passer au moins deux ans en Inde, elle a besoin de parler, de se vider et se confier à une personne neutre. Elle n'a pas confiance aux autres expatriés et un psy francophone cela n'existe pas à Delhi car la communauté est bien trop compacte pour pouvoir exercer un tel métier. Alors pourquoi pas s'imaginer un psy indien, que Sophie pourrait appeler Monsieur Kumar et avec qui elle confierait ses préoccupations, ses peurs, ses remises en question, ses souvenirs, ses expériences et bien d'autres choses encore. Le rendez-vous est fixé, tous les jours, sans faute, à 10 h 30.


Quatre-vingt-trois consultations seront nécessaires à Sophie où elle fera, dans son monologue, preuve d'ironie, de sarcasme, de cynisme sur sa propre existence mais n'oubliera pas à faire beaucoup d'humour en n'hésitant pas à pousser la chansonnette. Mais ces quatre-vingt-trois consultations imaginaires seront vraiment nécessaires pour elle et lui apportera une réelle transformation. Sophie a besoin de chercher au plus profond d'elle-même, les causes et les conséquences de sa frustration pour libérer enfin son subconscient et profiter de la chance en or qu'elle a pouvoir faire ce qu'elle veut et quand elle veut sans devoir justifier l'usage de son temps libre. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. Va-t-elle s'en rendre compte avant qu'il ne soit trop tard ?

On dit que l'Inde a le pouvoir d'être un révélateur. On m'a plongée dans un produit pour développer les photos, on a testé ma résistance et me voilà telle que je suis en réalité, déprimée et épuisée.

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"Indian Therapy" est un roman original, bourré d'humour et qui cache pourtant beaucoup d'introspection.

Le lecteur n'ayant jamais été dans le même cas que Sophie, découvrira les différentes épreuves auxquelles sont confrontés les expatriés dans un pays à l'opposé de leur mode de vie occidentale et dans différents domaines - culturel, social, économique ... Nous sommes bien loin du cas du touriste de passage pour qui son voyage est une large exhalation, un envoûtement et un dépaysement. Vivre en Inde pour une durée limitée n'est pas la même chose qu'y vivre sur une longue période. Le lecteur prendra conscience que malgré les services d'aide proposés par des associations pour venir en aide aux expatriés, se faire une place "au soleil" n'est pas forcément évidente et surtout donnée à tout le monde. Encore moins, lorsqu'on a été une personne (homme ou femme) active par le passé et qui se retrouve du jour au lendemain à ne rien faire et dépendant financièrement de son conjoint. L'on découvrira à travers l'expérience de Sophie qu'il faut faire un travail sur soit, plus ou moins long selon la personne concernée. Mais tout est possible et réalisable, en le voulant, en se battant et en se laissant s'épanouir sans se poser de questions.

Pour le lecteur ayant été expatrié, il se reconnaîtra sans doute à travers le personnage et l'expérience de Sophie, qui est sans doute assez proche de la réalité. En effet, l'auteur, Juliette Tissot nous partage sa propre expérience d'expatrié, ayant vécu huit ans à Delhi avant de rejoindre Bangkok, même si à la différence du personnage principal, l'auteur a travaillé.

Sophie apparaît au début du roman comme une femme au bout du rouleau. Malgré ses continuelles "remise en questions", elle ne paraît à aucun moment comme une personne exaspérante. Au contraire, Sophie est une femme très touchante et drôle. Elle sait garder les pieds sur terre et possède une grande valeur morale contrairement à d'autres expatriés.

J'ai beaucoup aimé ce monologue. Sophie n'hésite pas à tourner son cas en autodérision et à aucun moment elle n'a peur du ridicule. Une facilité provenant sans doute du faire, qu'elle n'a pas une personne physique et existante en face d'elle. Mais peu importe, "Indian Therapy" est une belle surprise et apporte un excellent moment de lecture tout en légèreté, fluidité et sans prise de tête, tout en vous faisant réfléchir sur vous-même.

 

A l'époque, je m'étais demandé dans quelle catégorie j'allais me retrouver. Plus de deux ans après, je n'ai pas vraiment la réponse. J'ai connu ici l'euphorie, la déprime, l'énervement, la beauté, la compassion. Aujourd'hui, je suis dans un état proche de l’énervement absolu, prête à quitter ce pays à la première occasion, prête à hurler plus fort que les chiens errants qui m'empoisonnent, prête à vivre partout sauf ici.

Page 40

J'ai été cette touriste en Inde. J'étais fscinée par les gens, la culture, les couleurs. [...] Je me sentais très différente des Indiens sans que cela me gêne. La chaleur était agréable. J'ai lu et relu mes guides de voyage sur l'Inde. Je suis allée à Humayun Tomb, au Qutub Minar, au Lodhi garden. J'ai acheté un livre sur les dieux hindous à Clara. J'ai commencé à lire le Ramayana. J'ai lu "le dieu des petits riens", j'ai pleuré en lisant "L'Equilibre du monde", j'ai regardé "Devdas".

Page 60

Le retour en France est toujours un choc. Le retour en Inde aussi. C'est un aller-retour entre deux planètes qui exige une réadaptation à chaque fois. Comme si je débarquais toujours pour la première fois en France, comme si je débarquais toujours pour la première fois en Inde, comme s'il était impossible de concevoir que ces deux mondes coexistent sur la même Terre.

Page 136-137

L'Inde nous rappelle que tout est possible, que sur cette Terre des hommes et des femmes ne vivent pas et ne pensent pas comme nous, l'Inde nous déstabilise, l'Inde nous rend fou parfois, j'aurais pu être sa nouvelle victime. Mais finalement, je ne suis qu'une Occidentale de plus à avoir reçu la grâce des mains de Lord Ganesha. Une de plus dans le palmarès "India made me".

Page 260

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