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atasi.india.mania.com

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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Jeux au crépuscule de Anita Desai

Il avait maintenant envie de sortir de la ramie et de retourner dans la mêlée. Ne valait-il pas mieux être capturé par Raghu et pouvoir regagner le vaste monde, où il retrouverait le soleil, la lumière, la liberté dans le grand jardin, en compagnie de ses frères, de ses sœurs, de ses cousins ? La fin de journée approchait, et on aurait alors vraiment la permission de jouer dehors.

Page 18

Jeux au crépuscule

De Anita Desai

Titre original : Game at Twilight

Nouvelles traduites de l'anglais (Inde) par Anne-Cécile Padoux

Éditions Denoël (12 janvier 1995) - Collection Empreinte - Broché - 240 pages - Prix éditeur : 20,10 € (également en format poche - Éditions 10/18 (4 mai 1998) en occasion)

 

Quatrième de couverture

 

Le jeu reprit... mais il ne voulait plus jouer. Il avait rêvé de victoire, de triomphe et on l'avait oublié, laissé de côté. Comment pouvait-il affronter cette ignominie ? Le cœur lourd, déchiré d'une douleur intolérable, il resta allongé de tout son long, le visage enfoui dans l'herbe humide. Il ne pleurait plus. Le sentiment terrible de son insignifiance l'avait réduit au silence.

Que s'est-il passé ? Rien - ou si peu. Au cours d'une partie de cache-cache qu'il espérait bien gagner, le petit Ravi a tout simplement été oublié par ses cousins. Dans une autre nouvelle de ce recueil, une jeune Américaine qui visite l'Inde va se laisser séduire par la vie d'un groupe de hippies. Une autre encore met en scène un peintre ruiné qui tente de persuader des clients éventuels de lui acheter une toile ... Des histoires banales en apparence.


Mais attention : de sa voix calme et douce, Anita Desai sait dire les choses les plus essentielles, qui sont souvent aussi les plus cruelles. Dans chaque regard, chaque sourire, chaque visage, entre les lignes, il y a toujours chez elle la solitude, l'angoisse du lendemain, la terreur d'être incompris ou, pire, abandonné. Sous la surface en apparence lisse des choses, elle nous fait découvrir de redoutables coins de pénombre, ceux que l'on tente de s'abriter des aspérités du quotidien.

 

A travers onze nouvelles, Anita Desai nous promène à travers l'Inde, villes citées (Calcutta, Delhi ou Bombay) ou lieux anonymes. Petites bribes d'existence, tour à tour, l'on découvre une galerie de portraits de tous âges : un garçon qui rêvait de gagner la partie de cache-cache et qui se fait simplement oublié par ses frères sœurs et cousins ; un homme qui donnait des leçons particulières de sanskrit à des élèves incrédules ; un étudiant qui veut travailler en paix et qui découvre une oasis ; un homme qui devient admiratif devant la beauté et les détails qu'offrent Mère Nature ; un peintre ruiné qui fait fuir des clients par son insistance et le chaos de son appartement ; une mère qui fait du chantage à son fils pour qu'il aille avec elle à une cérémonie de mariage en échange d'un bout de gâteau ; un jeune homme accompagnant un Maître (ustad) de la sitar avec son tanpura ; un fils parfait qui réussit dans la vie au-delà des espérances de ses parents illettrés ; une famille organise une réception d'adieux avant leur déménagement à Bombay ; un homme âgé et asthmatique qui a besoin de l'aide de sa femme ; un sociologue américain en voyage en Inde pour rédiger une thèse et sa femme qui a horreur des villes indiennes.

De très belles nouvelles, décrivant des instants plus ou moins longues dans des existences humaines. Nostalgie du temps qui passe, petit souvenir fugace d'enfance, vagabondage de l'esprit, remise en question, bilan personnel. De charmantes nouvelles où l'on y retrouve la plume fine d'Anita Desai, une très agréable lecture entre deux grosses lectures.

 

Jeux au crépuscule de Anita DesaiJeux au crépuscule de Anita Desai

Les après-midi étaient plus calmes, le parc était alors presque vide. Je restais assis à lire sous un arbre, je me promenais, j’étudiais, je m'assoupissais aussi. Puis, plus tard, lorsque le ciel s’adoucissait et passait d'un blanc aveuglant à des teintes rouges et orangées, et que les palmiers bruissaient légèrement sous une brise invisible, la foule commençait à affluer, venant de Darya Ganj de Mori Gate, de Chandni Chowk, des bazars de la Jama Masjid et des quartiers pauvres.

Page 53

Oui, c'était ma destinée de jouer le tanpura pour un grand Ustad, de rester assis derrière lui sans qu'il puisse même me voir, de jouer les notes qu'il faut pour qu'il ne s'écarte pas des limites de sa composition lorsque l'inspiration le saisit. Je lui donne, calmement et discrètement, les matériaux sur lesquels il improvise, avec lesquels il construit l'admirable musique qui le fait aimer le monde entier. Bien sûr, n'importe qui pourrait jouer le tanpura pour lui, et faire ce que je fais. Mais c'est moi qu'il a choisi.

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