Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
atasi.india.mania.com

atasi.india.mania.com

" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Nous l'appelions Em de Jerry Pinto

Nous l'appelions Em. Peut-être avons-nous utilisé un temps la désignation plus ordinaire de Maman ou M'man, mais je n'en garde aucun souvenir. C'était Em pour elle. Et pour notre père, parfois, Monsieur Hmm.

page 15

Nous l'appelions Em

De Jerry Pinto

Titre original : Em and the Big Hoom

Roman traduit de l'anglais (Inde) par Myriam Bellehigue

Éditions Actes Sud - Collection "Lettres indiennes" dirigé par Rajesh Sharma

ISBN : 978-2330039110 - 272 pages - Prix éditeur : 22 € / 16,99 € en version numérique

Date de parution : 4 février 2015

 

Prix et distinctions :

- The Hindu Literary Prize en 2012

- Crossword Book Award (fiction) en 2013

- Yale University's Windham-Campbell Prize 2016 dans la catégorie fiction des auteurs en langue anglaise

"Nous l'appelions Em" est un livre magnifique, le regard d'un enfant sur la folie et le chagrin, plein d'amour, de douleur et, aussi suprenant que cela puisse paraître à l'humour débridé. Un des meilleurs ouvrages écrits en Inde depuis très, très longtemps.

- Salman Rushdie -

Un fils se remémore sa jeunesse passée auprès de ses parents et de sa sœur Susan dans leur quarante mètres carrés de Bombay. Une jeunesse loin d'être classique et de tout repos car sa mère, qu'ils surnommaient "Em", était malade. Une maladie avec des étiquettes comme "folle", "maniaco-dépressive", "bi-polaire" "paranoïaque", "shizophrène" et "dépressive". En vérité, aucun spécialiste ne pouvait déterminer avec exactitude la maladie exacte qui la rongeait. Ce qui est certain, c'est que son mari et ses enfants devaient sans cesse supporter ses fréquentes phases de délires maniaques tapageuses, sa brusquerie et sa grossièreté. Pour autant, Monsieur Hmm de son vrai nom Augustin, n'a jamais abandonné son épouse dans un hôpital psychiatrique malgré les fréquents séjours de cette dernière au Service 33 du J.J. Hospital. Em a été le centre de toutes les attentions dans la maisonnée familiale, donnant aux autres membres de sa famille un second rôle faite de servitude et de sacrifices.

Pourtant Em, de son vrai nom Imelda, n'a pas toujours été malade, même si l'on ne peut pas déterminer avec exactictude que sa maladie n'existât auparavant, dans sa jeunesse par exemple. Ses troubles sont apparus après la naissance de ses enfants, et précisément après celle de son fils.

En se remémorant les années où il vécut auprès de sa mère, son fils souhaite avant tout retrouver la femme qu'elle a été autrefois. Il souhaite également découvrir comment ses parents se sont connus et ainsi connaître la vraie personnalité de son père. Heureusement pour lui, sa mère aimait toujours écrire et avait la manie de griffonner et gribouiller tout ce qu'il lui passait par la tête. Elle avait laissé ses marques dans bon nombre de notes, carnets, journaux intimes, livres et lettres. Sans compter que lui et sa sœur profitèrent toujours des courtes périodes où leur mère était lucide pour l'interroger sur ses souvenirs, exercice pourtant difficile car elle déviait rapidement du chemin.

Peut-être en tentant de dresser le portrait de sa mère avant sa maladie et au travers de ses nombreuses réflexions, il voulait trouver la clé de sa folie. Une folie dont il a peur d'avoir hérité.

 

À travers "Nous l'appelions Em", Jerry Pinto a dressé avec raffinement un portrait d'une personne souffrant d'aliénation mentale. Un exercice loin d'être évident avec tant de justesse, de retenue et de sens. Un dosage parfait, avec une pointe d'ironie et de de situations saugrenues sans entrer dans le ridicule. Un récit fort, émouvant et profond. Le lecteur ne s'ennuie pas et peut s'embarquer, le temps de sa lecture, dans les méandres de la pensée de ce fils. Le récit est parfaitement structuré, ponctué par de petits détours qui permettent d'étoffer l'intrigue et ses acteurs tout en retenant l'attention du lecteur.

Le roman est composé de personnages attachants. Monsieur Hmm, qui est très discret sur son passé, ses sentiments et ses pensées. Il est pourtant le pilier par qui toute la structure familiale tient en équilibre et pas seulement financièrement, un ressenti que l'on perçoit chez son fils qui a peur qu'il disparaisse le premier. Em malgré son égoïsme et son franc-parler, reste un personnage atypique et attendrissant. La famille de Em, mère et tantes, parle une langue contenant des phrases incomplètes. Il est particulièrement curieux que le fils, dont le prénom n'est clairement indiqué, appelle ses parents "Em" et "Monsieur Hmm" et non pas par un surnom commun. De plus, lorsqu'il parle d'eux avant qu'ils soient des parents, il les appelle par leurs prénoms, comme s'il s'agirait d'autres personnages. Je ne veux pas, bien évidemment, vous révéler toutes les particularités qui font de ce roman un chef-d'oeuvre.

D'après des informations contenues dans le livre, la rédaction de ce livre a demandé à Jerry Pinto 25 années de travail. D'après la dédicace en début de livre et d'après mes petites recherches, il semblerait que ce livre est basé sur la propre expérience de Jerry Pinto avec sa mère Imelda Philomena Perpeetue Pinto née Telis, surnommée Meem.

N'hésitez pas à découvrir ce fabuleux roman.

Nous l'appelions Em de Jerry PintoNous l'appelions Em de Jerry Pinto

J'avais peur de centaines de choses : du noir, de la disparition de mon père, de la possibilité d'éprouver de la joie à la mort de ma mère, des calculs nécessitant l'usage d'un Vernier, des bandes de garçons vaguement oisifs, de me noyer.
Mis à part toutes ces éventualités, ce qu'il m'effrayait le plus était la possibilité de devenir fou moi-même.

Page 71

Monsieur Hmm était tout à la fois mon roc et mon refuge. Il savait ce qu'il y avait à faire, comment prendre les choses en main. Il savait quand nous laisser faire et quand reprendre les rênes. Quand j'essayais d'imaginer ma vie sans lui, la peur me glaçait immédiatement les os.

Page 95

C'était une de mes façons de diviser le monde. Ma mère : incompétente. Mon père : compétent. L'esprit de ma mère appartenait aux humanités. Mon père était ingénieur.

Page 106

Je tenais sincèrement à remercier Actes Sud et particulièrement Monsieur Rajesh Sharma qui m'a à nouveau témoigner de sa confiance en me confiant le nouveau roman de sa collection.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

titoulematou 20/03/2016 19:05

un résumé bien tentant!!!