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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Lettres de Shandili suivies du Devîsadangeï de Philippe Pratx

 

Lettres de Shandili suivies du Devîsadangeï

De Philippe Pratx

Editions ThoT

Broché : 305 pages - ISBN : 978-2849211168 - Uniquement en occasion - Version numérique à venir

 

 Cette très belle œuvre littéraire est divisée en deux parties. La première "Lettres de Shandili" est composée de nouvelles. Le "Devîsadangeï" quant à lui est un recueil poétique fictivement attribué à un certain Aridam, poète tamoul.

Chaque partie est indépendante mais en lisant les nouvelles, le lecteur découvrira au fil de sa lecture un lien profond, mais patience, ce lien est timide et se dévoilera là où le lecteur l'attendra le moins.


 

Il m'est, en effet, difficile de classer ces nouvelles dans un style, car tout simplement je ne pense pas qu'un "genre" existe. Je dirais dans mon langage propre, qu'elles sont simplement différentes, peut-être innovatrices mais pourtant tellement vivifiantes. L'écriture est sublime, j'ai retrouvé l'homme de Lettres qu'est Philippe Pratx, le vocabulaire et la texture sont riches. Mais pourtant elles sont également déroutantes, elles font perdre à leur lecteur tout repère auquel il est généralement habitué dans les autres lectures, même la notion du temps n'a plus de sens. Mais ne voyez pas cela sous un œil négatif bien au contraire, il est bon de sortir des chemins balisés et encore plus avec une telle qualité d'écriture et une si belle imagination.

 

Les nouvelles sont savamment distribuées, et la jonction entre chacune d'elles se fait à travers "d'intermèdes" que je pourrais maladroitement également qualifier de pauses. Pauses dont je dirais qu'elles arrivent à point nommé, non pas que la nouvelle était longue et ennuyeuse, bien au contraire. Tout simplement, je trouve que les nouvelles sont un concentré d'histoire où le lecteur est pris dans un tourbillon d'informations et de mouvements, et qu'il est difficile tout simplement de s'en détacher, de se dire que c'est terminé. La venue de ces lettres, car c'est sous cette forme qu'apparaissent les intermèdes, permet au lecteur de se remettre l'esprit et les idées en place et surtout de revenir l'espace d'un instant sur terre, faire table rase de la nouvelle qu'il vient de terminer (ou presque) et repartir pour une nouvelle histoire.


Les nouvelles m'ont donné l'impression de me trouver dans un train, pourquoi pas un train en Inde, où le paysage défilait à la fois l'Inde moderne, l'Inde rurale, l'Inde mystique, l'Inde chaotique, l'Inde d'hier se confondant avec l'Inde d'aujourd'hui. Une Inde aux mille visages, aux mille senteurs, aux mille bruits, aux mille couleurs, aux dix mille paysages. Chaque élément des nouvelles me rappelle tout ça à la fois. Et pour revenir à mon voyage en train, ne vous est-il jamais arrivé lors d'un long voyage, où toutes les images sont si nombreuses, qu'elles se mélangent dans votre tête et que votre esprit commence à divaguer, que le temps commence à ne plus avoir de sens, que l'imagination prenne le dessus, que vous ne sachiez plus où vous êtes et que 'l'atterrissage" dans un monde familier soit bouleversé ? C'est également une impression que se fait tout simplement un voyageur revenant d'Inde. Personnellement, pour moi ce sont ces sensations très agréables que ce livre m'a fait revivre.


 

Je le redis, ces nouvelles sont palpitantes, prenantes, je dirais même renversantes. Il est très agréable de lire des nouvelles d'un style différent, un métissage des genres, qui permet d'aborder toute une palette de sujets différents, sur des périodes historiques plus ou moins longues. C'est tout cela qui rend ce livre unique et sincèrement un excellent moment de lecture, que j'espère renouveler.


 

Concernant les poèmes en seconde partie, ils sont également très intéressants et très profonds, je les ai dévorés et savourés. Le soi-disant auteur est si bien décrit dans l'une des nouvelles, que l'on pourrait se mettre à croire qu'il a vraiment existé.


 

De l'Inde du Sud, j'ai senti l'attachement de Philippe Pratx à cette partie de l'Inde à majorité tamoule, influence de sa vie passé à la Réunion. Il adresse aussi un beau clin d’œil à Albi, sa ville de la France Métropolitaine, tout en alliant la mysticité et presque le surnaturel de l'Inde.


 

Même si toutes les nouvelles m'ont donné un plaisir de lecture sans pareil, si je devais n'en nommer qu'une seule avec une mention spéciale, je l’attribuerais sans hésiter à "L'inventaire du Coffre aux Épices".

Ce que j'aime beaucoup dans la lecture c'est l'évasion, et avec "Lettres de Shandili" j'ai été généreusement servie.


 

Je tiens sincèrement à remercier Philippe Pratx de m'avoir fait découvrir son formidable livre et les Éditions Thot pour leur collaboration. Merci à vous pour ce très bel voyage à travers plusieurs mondes.

Lettres de Shandili suivies du Devîsadangeï de Philippe Pratx

Je reconnais assez bien les statues, les roses. Là-bas, c'est certainement le pavillon de Kâli. Les pièces d'eau sont un peu verdies d'algues, en tout cas là le brouillage des cascadettes est assez loin pour laisser dormir la surface. De l'un des bassins déborde un filet d'eau dans l'allée de graviers blancs. Quand je m'approche, le bassin semble prendre vie et l'écoulement s'épaissit par à-coups. J'ai du mal à comprendre ce que je vois. C'est une eau noire, l'ayant déjà vidée plus qu'à moitié de par le seul volume de ces corps pleins d'une grosse santé malsaine, un grouillement de serpents, par nœuds, par paquets, par chapelets.
Saurais-je dire si ce sont les nâgas de mes visions ?

Page 28

Il disait qu'il y a longtemps, très longtemps, peut-être même avant que les villes soient villes, que les villages soient villages, la vie était meilleure. Oh ! certainement pas parfaite, cas ce n'était déjà qu'une vie de ce monde, mais un peu plus heureuse, oui. Aujourd'hui les hommes sont trop nombreux, ils prolifèrent sans mesure, et chacun n'a plus assez d'âme. Trop d'hommes à se partager la grande âme de l'univers.

Pages 68-69

La pose d'une des Vierges Sages de Delvaux, à la différence qu'un sari turquoise et nuit remplaçait la robe blanche. Anita était assisse sur la margelle du bassin, le bout des doigts dérangeant doucement l'eau, le regard s'y noyant. Anita s'allongeait, environnée de coussins et de mousselines, les mains ramenées, jointes, derrière le haut de la tête, le coude droit suspendu, le gauche appuyé sur un pouf, abandonnée, mais le regard planté dans l'objectif.

Page 89

La télé parle de développement. La croissance du pays. Il fait glisser quatre fois le contenu de la cuillère dans une nouvelle tasse. Je pense à la brûlure du poivre, réduit à de si infimes brisures après l'écrasement de la meule, une poudre flottant à la surface des sauces. Flottille noire dépourvue d'épaisseur, qui se dérobe à la dent, se livre en feu seulement à la langue et au palais, se livre non sans combat, et non sans abandon.

Page 112

Se peut-il que tu aies connu le bonheur et sagesse sans en avoir su le nom ? Se peut-il qu'on les connaisse toujours et partout, et qu'on oublie seulement de leur donner ces noms qui sont leurs ? Se peut-il qu'on ignore presque toujours le vrai sens de ce qu'on vit, et qu'on vive malheur et folie seulement parce que leurs noms dans la bouche et l'esprit se sont imposés qui sait comment et pourquoi ?

Page 140

Mes dix têtes bouillonnent de pensées épuisantes. Je finirais bien par les trancher si cela pouvait les faire taire à jamais, mais elles repoussent comme de mauvaises herbes, elles ne me laissent pas en paix.

Page 217

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