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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Train pour le Pakistan de Khushwant Singh

Train pour le Pakistan

De Khushwant Singh

Traduit de l'anglais par Maurice Beerblock

Titre original : Train to Pakistan (1956)

Edtions Autrement Littératures (17 janvier 2008) - ISBN : 978-2862606835 - 254 pages - Prix : 14,95 €

 

 

"Train pour le Pakistan" relate des premiers incidents ayant eut lieu peu après la "Partition des Indes", celui d'un des plus grands déplacements de population estimé entre 12 et 13 millions de personnes occasionnant un nombre incalculable de morts.

Qu'est-ce la partition ? La Partition des Indes est un partage basé sur la démographie religieuse de l'Empire colonial britannique des Indes en deux nouveaux États indépendants : l'Inde à majorité hindoue et le Pakistan à majorité musulmane. Elle est entrée en vigueur le 15 août 1947, le jour de l'Indépendance des deux États. Depuis la "Partition des Indes" de nombreuses tensions enveniment les relations entre les deux pays.

Ce récit historique de fiction nous fait découvrir comment cet évènement a pu se dérouler dans un village à la frontière entre l'Inde et le Pakistan.

 

Le livre

Mano Majra est un village pendjabi au bord de la Sutlej où vivent soixante-dix familles quasiment harmonieusement depuis plusieurs générations. Une seule famille est hindoue, les autres à peu près égales en nombre sont sikhes ou musulmanes. Mano Majra est sur la ligne ferroviaire entre Lahore et Delhi et les trains rythment les journées des habitants.

A la fin de l'été 1947, un meurtre est commis dans cette petite bourgade, celui du prêteur sur gage Ram Lal. Mais aucun habitant du village ne tuerait l'un des leurs, pourtant Jougg, le mauvais garçon du bourg est arrêté et enfermé dans la prison de la bourgade voisine. Un autre homme est accusé du meurtre, un visiteur mystérieux arrivé après l'assassinat par le train, se présentant seulement par Iqbal, un prénom qui peut très bien être sikh, musulman ou hindou.

Peu de temps après, le rythme de la vie des habitants est perturbé car les trains n'arriva plus aux anciennes heures auxquels chacun était programmé.

Un matin, un mystérieux train arriva qui dégagea un je ne sais quoi d'inquiétant. Dès son arrivée, l'accès à la gare sera alors immédiatement interdit aux habitants et l'horreur de ce secret sera révélé que dans la nuit, à la luée d'un énorme bûcher funéraire.

Dès lors la mousson arrivera enfin après un été caniculaire comme pour marquer la fin d'une ère. S'ensuivra de nombreux bouleversements à Mano Majra : l'arrivée de réfugiés, un départ intempestif, des trahisons, un mouvement de haine religieux, un train direction le Pakistan ...

 

Mon avis

Khushwant Singh, comme le précise Dominique Lapierre* dans la postface est un homme de confession sikh ayant vécu au cœur de la Partition car il a grandit à Lahore dans l'actuel Pakistan, une ville qu'il a dû fuir avec sa famille après une jeunesse en parfaite harmonie avec les autres confessions religieuses.

Grâce à ce récit merveilleusement écrit, Khushwant Singh transporte son lecteur au cœur de cet évènement historique. Il sait planter son décor avec une très grande précision, il aborde différents sujets en "jouant" avec une variété de personnages très différents et en augmentant au fur et à mesure et de façon intelligente le sujet principal de ce livre : la Partition. 

Le récit n'est pas ennuyeux car Khuswant Singh y a inclus certains mystères que son lecteur aura envie de soulever, même si en fin de compte ils passeront peu à peu en second plan.

Une très belle lecture à la découverte d'une page de l'histoire indienne moderne.

* auteur de "Cité de la Joie", "Minuit cinq à Bhopal" et sur le même sujet de la Partition "Cette nuit la liberté"

 

Et encore

"Train to Pakistan" a été publié la première fois en 1956.

Une adaptation cinématographique de ce roman historique a été réalisé en 1998 dirigée par Pamela Rooks.

Train pour le Pakistan de Khushwant SinghTrain pour le Pakistan de Khushwant Singh

A un mille à peu près au nord de Mano Majra, un pont enjambe la Sutlej, sur lequel passe le chemin de fer. Un pont magnifique, dont les dix-huit arches franchissent comme autant de vagues énormes, les intervalles d'une pile à l'autre. A chacune des extrémités du pont une culée de pierre porte la voie ferrée ; à l'est, la digue se poursuit jusqu'à la gare du village.

Page 8

Jouggout Singh était sorti de sa maison, environ une heure plus tôt. Il ne s'était aventuré dehors que lorsque le bruit du train du soir lui avait appris qu'il était prudent de sortir du village. Pour lui, comme pour les bandits, l'arrivée du train était un signal. Au bruit lointain du train qui approchait de Mano Majra, il s'était glissé silencieusement hors de son lit, avait ramassé son turban, l'avait enroulé autour de sa tête. Sur la pointe des pieds, il avait traversé la cour, retiré une lance de la meule de foin.

Page 18

- Pas de troubles communaux, par ici ?
- Nous y avons échappé jusqu'ici, monsieur. Les convois de réfugiés sikhs et hindous venant du Pakistan ont pu passer. Quelques musulmans sont partis ; il n'y a pas eut d'incidents.
- Pas de convois de sikhs morts, de ce côté-ci de la frontière ? A Amritsar, où il en est passé plusieurs, pas un seul vivant ! Il y en a eut, par là, des massacres !

Page 29

La différence de traitement ne surprit nullement Iqbal. Dans un pays qui, pendant des siècles, avait connus et accepté les distinctions de caste, l'inégalité était devenu un concept infus. Si les castes étaient abolies par la législation, elles subsistaient sous d'autres formes. Dans les milieux complètement occidentalisés, comme celui des fonctionnaires du secrétariat du gouvernement de Delhi, les lieux de stationnement pour autos étaient marqués d'après l'ancienneté ; certaines entrées dans les bureaux étaient réservés aux hauts fonctionnaires ; il n'était pas jusqu'aux lavabos qui ne fussent classés d'après le rang, étiquetés en "fonctionnaires principaux", "subalternes", "employés", "autres catégories".
Avec une mentalité aussi complètement sectionnée, le classement selon leur condition sociale des gens accusés ou coupables du même délit ne semblait nullement incongru. Iqbal était de la classe A, de la première classe ; Jougga de la dernière, de la C.

Page 98

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