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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant Shanghvi

La fille qui marchait sur l'eau

De Siddharth Dhanvant Shanghvi

Titre original : The Last Song of Dusk

Traduit de l'anglais par Bernard Turle

Éditions des 2 Terres - Broché - Date de parution : 27 août 2004 - 455 pages - ISBN : 978-2848930091 - Prix neuf : 22,50 €

Éditions des 2 Terres - Collection 10/18 domaine étranger - Date de parution : 26 mars 2006 - 459 pages - ISBN : 978-2264041579 - Prix neuf : 9,60 €

 

 

Anuradha n'est pas pas une jeune femme comme une autre. Avant de quitter son Rajasthan natal pour aller se marier à Bombay, elle fut la muse de tout Udaipur et aucun homme n'était indifférent à son charme, sa beauté et sa voix. Sa voix, un don, et dans sa mémoire, un large répertoire de mélodies puissantes et mystiques transmis dans sa famille de mère en fille. Certaines de ces héritières avaient le pouvoir de faire la pluie et le beau temps, ou de faire fleurir un arbre juste par l'utilisation d'une de ces douces mélodies.

Anuradha trouva un bon parti à Bombay, nommé Vardhmaan, un médecin de 6 ans son ainé, dirigeant un dispensaire et vivant avec de nombreux membres de sa famille et une horrible belle-mère. Vardhmaan avait perdu sa mère alors qu'il était encore enfant, un décès qui a choisit sa destinée, celui de devenir médecin. Son père quant à lui, était décédé quelques années plus tôt.

Anuradha et Vardhmaan tomberont très vite amoureux et s'installera au sein de leur couple des moments à eux sans pareil, passionnant, intense et orgasmique ponctués de musiques et de danse. Mais leur bonheur s'assombrira trop vite, après le décès accidentel de leur premier enfant, un malheur provenant sûrement de la malédiction de la belle-mère du couple ne supportant pas le bonheur des autres.

Ce chagrin prendra du temps à se dissiper, et l'amour fusionnel de ces amoureux ne reviendra pas de si tôt, chacun portant sa croix à sa façon. Même lorsqu'ils décideront de quitter la maison natale de Vardhmaan pour une mystérieuse demeure, Dariya Mahal, "le château de la mer", là où vivait un siècle auparavant, un homme à la peau claire qui mourra en attendant en vain son amoureux à la peau sombre.

Lors de l'emménagement dans cette mystérieuse demeure lunatique, Vardhmaan et Anuradha décideront de recueillir Nandini, une lointaine cousine de Anuradha alors orpheline et transférée d'un membre de la famille à un autre. Nandini est complètement introvertie, frivole et surtout une artiste peintre de talent à uniquement 14 ans. Elle marquera les esprits des grandes soirées mondaines de Bombay et fera fondre le cœur des hommes. Tout d'abord celui de son voisin Sherman, légèrement plus âgé qu'elle et qui se pliera à toutes ses exigences même les plus saugrenues. Ensuite, celui d'un grand peintre d'origine afgane Khalil Muratta, qui recommencera à peindre grâce à elle et avec qui il aura des relations très libertines. Mais Nandini porte en elle, de grandes blessures du passé. De plus, elle a également deux pouvoirs : une connexion très peu commune avec une certaine espèce de félins sauvages et surtout c'est la fille qui marchait sur l'eau.

 

 

Amours naissants, mourants, blessés, filiaux, tragiques, amours toujours. La particularité de ce roman est l'enchevêtrement quasi constante entre le réel et le mystique, le magique, l'imaginaire, la puissance de la nature, la beauté des choses, des êtres et la fatalité du destin qui s'abat sur nos existences.
Dans cette évocation indienne autour d'une famille, de la confrontation des puissances du bien et du mal, un personnage particulier, Anuradha, tient en quelque sorte de lien entre tous les personnages. C'est un beau roman sur les tragédies de l'existence, sur le pouvoir de rédemption de l'amour et la crainte de ce que le destin réserve. Vous ne serez pas déçus par le défilé des personnages hauts en couleurs qui défilent au long des pages,colons anglais, artistes, cinéaste, peintres, mères et filles, maris et fils ... Face à leur destin.

Le roman est écrit dans un langage poussé, riche et très belle, à mi-chemin entre le conte et une prose. Il se situe dans l'Inde dans les années 20 et Siddharth Dhanvant Shanghvi a intelligemment incorporé certains mouvements de cette époque : "les années folles" version indienne, le mouvement pour l'indépendance avec Gandhi mais aussi la naissance de Bollywood avec le début du film sonore. C'est une très belle histoire d'amour et de désirs qui sont jalonnés de fatales destinées et de nombreux passages très sensuels et érotiques.

Un premier roman de Siddharth Dhanvant Shanghvi tout à fait exceptionnel et d'une très bonne qualité, où je n'ai trouvé aucune fausse note. Un grand plaisir de lecture. 

Pour information, la quatrième de couverture ne correspond pas au roman.

 

La fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant Shanghvi
La fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant ShanghviLa fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant Shanghvi

Edward attentit. Sur le banc noir. Sur le balcon en demi-lune qui surplombait les marécages. Il endura l'après-midi. Puis vint le soir ... qui, à son tour, fit sa révérence. Le lendemain, un exquis expatrié s'affaissait sur le côté ; une rose noire tombait à terre.
Dans leur émoi, les colombes battirent des ailes - elles avaient compris : Edward était mort d'attendre.
Le soir même, une mélancolie insensée, fébrile, déçue, suinta de la chair du mort et s'insinua dans le grès de Dariya Mahal.

Page 125

Pour tirer les choses au clair, elle courut, hors d'haleine, jusqu'à la pergola, d'où elle fit signe à la gamine d'approcher. La polissonne leva la tête lentement, en prenant tout son temps. Malgré toute sa sauvagerie, sa coupe de cheveux ne lui ôtait rien de son aplomb. Sa démarche était merveilleusement féline.
"Tu marchais vraiment sur l'eau ? demanda Anuradha quand elle fut arriver à sa hauteur.
- Marcher sur l'eau ? fit la gamine, pas démontée pour un sou. ça n'est rien. Tu devrais me voir quand je marche sur la terre ferme !"

Page 137

L'amour commence par nous, Pallavi, puis il se met à aimer à travers nous, il ne fait plus que nous traverser. Enfin, lorsque le jeu d'échanges réciproques entre deux individus s'est épuisé, la relation s'effiloche. Tel un fruit qui doit tomber de la branche pour pouvoir transmettre la vie dans son prochain avatar. Il n'y a rien de plus crucial qu'exercer la générosité de laisser une histoire s'achever avec la grâce qui a illuminé ses débuts. La mort ... ne signifie pas la fin de l'amour.

Page 410

La fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant ShanghviLa fille qui marchait sur l'eau de Siddharth Dhanvant Shanghvi
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