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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La Fille de nos Rêves de Buddhadeva Bose

La Fille de nos Rêves

De Buddhadeva Bose

Titre original : My Kind of Girl

Traduit de l'anglais (Inde) par Sylvie Schneiter

Publié la première fois en bengali en 1951

Publié la première fois en anglais en 2001

Éditions "Presses de la Cité" - Broché (2011) - ISBN : 978-2258082212 - 162 pages - 16 €

Éditions "Presses de la Cité" - Collection "Pocket" (2013) - ISBN : 978-2266230834 - 156 pages - 6,20 €

 

Publié en 1951, le roman "La Fille de nos Rêves" est considéré comme un grand classique de la littérature bengalie. Buddhadeva Bose est surtout connu pour ses recueils de poèmes, mais il a publié nombre de romans, d'essais, de nouvelles et même des pièces de théâtre. Il a également traduit Baudelaire en bengalie, Hölderlin et Rikle des poètes allemands et le Kālidāsa de Meghadūta (poème en sanskrit). C'est une figure éminente du mouvement littéraire du Bengale. Il est décédé en 1974, à l'âge de 66 ans, laissant de grandes œuvres.

 

Le roman

Un convoi de marchandises a déraillé près d'Aligarh en Uttar Pradesh et plus aucun train ne circulerait avant de longues heures durant cette froide nuit de décembre. Dans la salle d'attente de la première classe de Tunla non loin d'Agra, se retrouvent quatre hommes qui s'étaient déjà croisés plus tôt dans la journée au Taj Mahal puis dans le même train qui les a conduit d'Agra à cette gare isolée.

L'un des hommes est entrepreneur, qui devait retourner au Bengale après un séjour à Delhi puis à Bénarès. Le second, un fonctionnaire de l'armée vivant à Delhi et originaire du Bengale, devait se rendre à Allahabad puis à Lucknow. Le troisième est un grand médecin de Calcutta qui avait donné une conférence sur la diphtérie à Delhi et s'apprêtait à rentrer chez lui. Enfin, le quatrième, un écrivain également originaire de Calcutta était en vacances.

Pour combler l'ennui et supporter le froid, ils décidèrent que chacun devait raconter à ses compagnons de forture, l'expérience de l'amour pour une femme "La fille de leurs rêves".

Tour à tour, chacun racontera sa propre expérience de l'amour, qu'il soit platonique, consommé, partagé ou pas.

L'un n'osant surement pas avouer que c'est lui ayant vécu l'expérience, racontera l'histoire de son ami Makhanlal. Diplômé dans les études supérieures, il a reprit l'entreprise familiale florissante grâce notamment à la Seconde Guerre Mondiale. Mais la femme que lui avait choisi sa mère ne voulait pas de lui, surement car son physique opulent ne lui plaisait guère. C'était une voisine et fille d'un professeur, qu'il aimait observer lorsqu'elle se trouvait sur sa véranda.

L'autre nous fera partager son histoire avec sa voisine Pakni alors qu'il avait 17 ans et elle 14. Ils se reverront des années plus tard.

Le prochain nous fera partager sa rencontre avec celle qui deviendra des mois plus tard son épouse. Une femme qui était éperdument amoureuse d'un de ses amis, à s'en rendre malade, avant qu'elle s'ouvre enfin à son médecin et confident.

Et enfin, l'histoire la plus touchante, celle de 3 amis inséparables qui étaient follement amoureux d'une même fille qui habitait dans le même vieux quartier de Dacca, Paltan. Elle s'appelait Antara mais ils la surnommèrent Monna Lisa, elle avait une santé fragile et ils étaient aux petits soins avec elle.

 

"La fille de nos Rêves" est une délicieuse lecture qui se savoure, empreint d'une philosophie sur la vie et pleine de sagesse. On y retrouve des bonheurs certes éphémères mais ayant marqué des vies. Comme quoi, une nuit dans une gare silencieuse, sans confort et dans le froid, réanime dans le cœur de ces hommes une grande nostalgie de leur jeunesse.

Malgré que ce roman, qui pourrait d'ailleurs être également un recueil de nouvelles, date du millieu du XXème siècle il touchera sans doute le plus grand nombre car des histoires de cœur touchent toutes les générations, de toutes les parties du globe, ....

Laissez-vous tenter par cette sublime couverture et lisez-le.

La Fille de nos Rêves de Buddhadeva BoseLa Fille de nos Rêves de Buddhadeva Bose
La Fille de nos Rêves de Buddhadeva BoseLa Fille de nos Rêves de Buddhadeva Bose

Ce couple, qui n'était apparu à la porte qu'une fraction de seconde avant de disparaître, avait laissé quelque chose dans son sillage. On eût dit que l'oiseau de la jeunesse avait perdu quelques plumes en vol : un signe, une chaleur, un plaisir, une tristesse ou un frémissement qui refusait de se dissiper, qui, quoi que ce fût, permettrait aux quatre voyageurs - même s'ils ne l'évoquaient pas, même s'ils gardaient pour eux - de survivre à cette horrible nuit.

page 15

Oui, Pakhi m'aima à cette époque lointaine de mes dix-sept ans. Je me remémore exactement son aspect, elle prend forme en ce moment précis. Des yeux noirs. L'amour naquit dans ces yeux, il s'y épanouit. En ces temps très conservateurs, c'était la seule expression à notre disposition. D'autres discutaient en notre présence, mais, dans mes souvenirs, nous n'échangions pas une parole. Ou peut-être nos regards étaient-ils une manière de conversation, qui comblait la faim que nous ressentions. Nous ne nourrissions pas l'espoir d'autre chose, d'ailleurs nous n'en avions pas la possibilité.

page 55

Mon cœur battait la chamade le matin de mes noces, cela m'amuse quand j'y repense. Je connaissais Bina depuis longtemps, je l'avais vue dans nombre de situations différentes et nous avions énormément parlé, d'abord en public et ensuite en privé. Pourtant, chaque fois que je prenais conscience qu'elle allait devenir ma femme, habiter chez moi, dormir dans mon lit, diriger ma vie, non pas un ou deux mois voire un ou deux ans, mais jusqu'à la fin de mes jours, je ne pouvais m'empêcher de courir boire un verre d'eau ou marcher de long en large dans ma chambre.

page 76

Nous étions inséparables. Asit me réveillait à l'aube tous les matins, criant "Bikash, Bikash" par la fenêtre située près de la tête de mon lit. Je me levais rapidement pour le rejoindre dehors, où il patientait sur sa bicyclette, un pied à terre - il était tellement grand que ça me faisait mal au coude de passer un bras autour de ses épaules. Ce n'était pas la peine d'appeler Hitangshu, il nous attendait devant la grille de son petit jardin ou assis sur le muret. Puis Asit roulait sur la route pavée en direction de l'école d'ingénieurs, tandis que Hitangshu et moi flânions, mais dans la main. Une odeur indéfinissable flottait dans l'air, je la sens encore. Je me souviens de quelque chose, de quelqu'un.

Page 114

Monna Lisa, tu n'as jamais su, tu ne sauras jamais à quel point nous avons exulté, le bonheur que nous avons éprouvé au fil des jours et des nuits, pendant la mousson de 1927, dans le vieux quartier de Paltan. Notre ferveur ne s'est jamais démentie dans l'obscurité peuplée d'ombres effrayantes. Au cours du mois et demi où tu es restée alitée, tu nous as appartenu. La félicité n'a cessé d'insuffler un rythme régulier aux battements de nos cœurs.

Page 126

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