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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

La Beauté du Diable de Radhika Jha

La Beauté du Diable

De Radhika Jha

Titre original : My Beautiful Shadow

Traduit de l'anglais par Françoise Nagel

Editions Philippe Picquier (21 août 2014)

ISBN : 978-2809710236 - 275 pages - 19,50 €

La Beauté du Diable de Radhika JhaLa Beauté du Diable de Radhika Jha

Une multitude d'addictions sont connues à travers le monde, mais nous entendons moins souvent parler de la dépendance aux achats et particulièrement ceux liés à l'habillement.

 

Dans ce roman, le lecteur devient le confident d'une tokyoïte nommée Kayo accro aux petites choses. Pourtant nous apprendrons au fil des pages que, tout compte fait, nous ne sommes peut-être pas son interlocuteur.

 

Kayo a tout pour être heureuse, un mari aimant qu'elle a rencontré au lycée et qu'elle a épousé à 17 ans ; ce même mari ayant une belle carrière professionnelle dans une banque, deux beaux enfants, une poitrine oppulente, pas besoin d'aller travailler, ...

Mais elle a un manque, elle a besoin de bonheur, que les hommes la regardent, qu'ils se retournent à son passage, qu'ils la désirent même si son mari la comble. Un complexe qu'elle avait ressenti alors qu'elle était lycéenne et qu'elle était l'amie de Tomoko, une fille qui ne passait pas inaperçue par sa carrure et sa beauté.

Pour assouvir sa frustration et son ennui de femme au foyer, elle jete son dévoulu dans le goût des petites choses. Des petites choses qui sont notamment des vêtements, si possible griffées de grandes marques de luxe, pour lui permettre garder sa jeunesse, transparaître la réussite et se sentir belle.

Mais son activité favorite, où ses dépenses sont majoriterment débitées de son compte personnel et dont son mari ignore l'existence, devient une véritable addiction. D'un beau pactole donné par sa mère, elle finira par devoir de l'argent à la banque après ses nombreuses virées à des ventes privées puis pour tenter de sortir la tête de l'eau prendra un crédit chez un yasuka. Mais le cercle vicieux ne prendra pas fin et de nouvelles influences et désirs de petites choses la conduira dans une spirale diabolique et démoniaque entre euphorie, exhaltation, goût pour la luxure, mensonges, cachoteries et énormes soucis financiers.

Bien évidement, son mari trop occupé n'y verra que du feu, car sa femme est maligne, accro au shopping le jour, femme au foyer et aimante le soir, à cacher ses petits trésors. Mais la vérité peut à n'importe quel moment éclater au grand jour.

 

Durant les nombreuses années où l'on suivra Kayo, elle aura bien sûr des périodes sans shopping mais son naturel et ses envies reprendront le dessus, et nous nous demandons comment cela va finir ? Mais ne la croyez pas uniquement superficielle, elle sait profiter de la vie et s'émerveiller de ce que la nature donne, mais difficile à admirer quand on vit dans une ville de géants. La dépendance n'est-elle pas une marque de souffrance ?

 

En lisant le livre, on ne s'attendrait pas que l'auteur soit indienne, elle sait parfaitement nous transporter au Japon, à Tokyo et ses quartiers mais aussi sur l'île de Kyush, ses ryokan et ses sources chaudes. Elle nous fait aussi découvrir la société japonaisse, sa façon de pensée, ses différences entre la ville et la campagne, de vieux métiers, ...

L'addiction de Kayo et le club dont elle parle des les premières pages se déroulent certes à Tokyo mais cette fiction pourrait se situer dans n'importe quel ville du monde, un mal citadin et le besoin de connaître le bonheur tout simplement.

Un très belle lecture qui moi m'a totalement rendu addict au livre, une belle écriture et une histoire poignante. Sommes nous pas accro chacun à quelques petites choses ?

 

 

 

 

Un grand merci aux Editions Picquier pour la découverte de ce roman et pour leur confiance.

Mais dans les années 1960, une nouvelle religion est arrivée au Japon et a éloigné bon nombre d'entre nous des anciennes croyances. Ce culte nouveau n'avait pas de nom, je lui en ai donné un - je l'appelle le bonheurisme. C'est la religion que vous les Américains, nous avez apporté, la raison pour laquelle nous n'avons pas tué vos soldats quand vous êtes venus nous occupées. [...] J'appartiens à la première génération de Japonais, qui pratiquent le bonheurisme. Comme vous le verrez, je suis en fait plutôt experte en la matière.

Page 56

La voie qui permet d'accéder au statut de superwoman est voilée de mystère et le restera à jamais. Mais je vais dire où elle se trouve; Pour être une superwoman, vous devez créer en vous-même un jardin secret, dans lequel vous jetez toute votre fange - tout ce que vous ne pouvez ni dire ni ressentir -, votre lassitude, votre colère, votre haine pour votre famille et vos responsabilités, la routine immuable de votre vie. Dans le silence infini de la nuit, vous regardez pousser votre jardin du mal. Le jour, vous le piétinez et vous êtes une superwoman.

Page 64

Les gens disent que la frontière entre la vie et la mort est très claire. La vie est la vie, la mort est la mort et les deux ne se rencontrent jamais. Mais je crois qu'en réalité, elles cohabitent dans un même corps. On peut être vivant à l'extérieur - manger, boire, travailler - et se sentir mort à l'intérieur.

Page 106

Parce que quand je suis avec eux, je pense à l'argent que je vais gagner et immédiatement une image prend vie dans mon esprit : je vois un étang au milieu de rizières. L'étang est couvert de lotus et je suis l'un d'eux. Je sens le vent me caresser de ses mains rugueuses et le froid de la vase où mes racines ont trouvé leur point d'ancrage. Et je sens mon corps prendre la forme de cette fleur superbe et délicate, ouverte au vent et à la pluie.

Page 196

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