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" Une fois que vous aurez senti la poussière de l'Inde, vous ne vous en libèrerez jamais " Rumer Godden

Le couvre-lit bleu de Raj Kamal Jha

Le couvre-lit bleu

De Raj Kamal Jha

Titre original : The blue bedspread

Traduit de l'anglais (Inde) par Céline Zins

Editions Gallimard - Collection "Du monde entier" (2001)

196 pages - Prix neuf édituer : 17,20 €

ISBN : 978-2070755844

 

 

"Le couvre-lit bleu" est une nouvelle étonnante, délicatement écrit dans le style à la fois intime mais malgré couvert de silence d'un grand secret. On découvre au fil des pages des détails qui peuvent sur le coup nous sembler sans importance mais que l'on retrouve plus loin. On s'attend un peu à la chute mais la découvrir réellement, produit presque un effet de choc d'une vérité enfin avouée.

 

Une histoire dont l'élément central est un couvre-lit qui d'origine était d'une couleur bleue sombre presque violette et qu'avec le temps il est devenu d'un blanc bleuté avec des tâches décolorées qui ressemblaient à des nuages. Un couvre-lit ayant passé des décennies et renfermant de grands secrets.

C'est l'histoire d'un homme, nous ne connaîtrons ni son nom ni son âge exact (il nous informe tout de suite qu'il n'est plus un jeune homme mais on peut estimer qu'il a environ 35 ans) qui vit seul dans la maison familiale à Calcutta remplie de souvenirs heureux et douloureux. Nous connaîtrons juste un peu sa morphologie telle une ombre.

Cet homme est le narrateur prenant la place de l'écrivain mais il utilise quelques fois la troisième personne du singulier lorsqu'il parle de lui. Il écrit pour un nouveau-né, une fille, qu'il a récupéré à l'hôpital après que sa mère (la sœur de celui-ci) soit morte en couche, nouvelle reçue par la police un soir par téléphone. Après l'identification du corps, la police lui remet l'enfant avec lequel il pourra passer une journée. En rentrant chez lui après l'incinération de sa sœur et le sommeil du bébé, il profite pour lui écrire des anecdotes mais surtout l'histoire de la famille afin qu'un jour elle puisse découvrir qui elle est. Il n'écrit pas à la machine à écrire car il a peur que le nouveau-né dormant sur la couverture bleue ne se réveille.

A travers les pages, on remonte le temps sans chronologie précise, le narrateur peut très bien nous parler d'un fait lié à son enfance et ensuite celui de sa vie d'adulte. Des bribes d'informations que l'on peut rassembler tel un puzzle. Pourtant le livre possède des parties distinctes telles que : père, mère, sœur, les visiteurs et frère, cela n'empêchant pas d'inviter de nouveaux personnages ou faits à s'immiscer lors de la présentation de ces "figures clés". On y découvre aussi également pourquoi cet individu reste dans l'ombre, une mère décédée trop tôt, un père alcoolique et poussé régulièrement par des colères, une sœur ayant un besoin d'émancipation, lui témoin de scènes mystérieuses ou violentes mais également complice de faits ne devant pas se dérouler entre un frère et une sœur, ...

 

Un roman passionnant, prenant, profond et surprenant que je recommande à tous et notamment à des lecteurs à la recherche d'un roman sortant des chemins battus et surtout chargé d'une forte intensité ...

 

Le Couvre-lit bleu a obtenu le "Commonwealth Writers' Prize" (prix des Écrivains du Commonwealth) section Eurasie pour le meilleur livre en 2000 et fut nommée meilleur livre de l'année par le "New York Times"

 

 

Le couvre-lit bleu de Raj Kamal JhaLe couvre-lit bleu de Raj Kamal Jha
Le couvre-lit bleu de Raj Kamal JhaLe couvre-lit bleu de Raj Kamal Jha

Au travail, il ne se fabrique pas des sourires ou des froncements de sourcils, il va droit à son bureau ; du coin de l’œil, il voit les autres se rassembler par petits groupes, parler de leur autobus, de leurs enfants, de contrôles trimestriels, du film de la veille à la télévision.
Il se met au travail.
Que fait-il ? Peu importe.
Regardez-le sortir l’agrafeuse, le ruban de Scotch, les trombones. Il arrange les feuilles de papier, dépoussière son bureau, nettoie la machine à écrire à l'aide d'un chiffon jaune. Il ouvre son agenda à la date du jour, avec la liste, soigneusement inscrite, des tâches à effectuer.
Des choses insignifiantes, mais à chacune il insuffle un sens en consacrant beaucoup de détermination.

page 70

Les yeux ouverts, nous tirons la couverture par-dessus nos têtes, bien fermée, nous nous tournons sur le côté pour nous faire face. Puis nous observons la lumière qui se réfracte à travers le tissu de laine. C'est une lumière bleu jaune orange rouge, une étranger lueur comme on voit qu'au cinéma.
Puis nous imaginons que nous avons construit notre propre jardin de lumière dont le sol est le couvre-lit bleu, le toit la couverture et les fleurs celles qui parsèment la chemise de nuit de ma sœur, et les carreaux et rayures de la mienne.

page 99

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